16 janv. 2017

MERCI MUZILLAC


   Merci Muzillac, merci Le Vieux Couvent, la grâce de l'accueil, l'écoute de tous les instants, merci Ben Mazué, qui rigolait dans sa marinière, en nous emmenant dans tout ce théâtre de mots, de réels qui ressemblent aux fictions, de confidences, et de petits refrains à chanter à tue tête sur son vélo, tanguant tranquillement entre la ville et le grand large. Je ne voulais pas louper une miette de son concert mais je faisais attendre et trainer toute la cuisine, alors j'ai couru me remplir une assiette et puis recouru vers les marches, à pas de louve dans les escaliers, l'assiette sur mes genoux, et je rigolais en sourdine de ce luxe de manger ma salade sur les escaliers du concerts, escaliers qui, donc, à toutes les secondes, devenaient une barque ou un vélo, une ville et un océan. Je ne sais pas comment fait Ben pour changer ainsi n'importe quoi en mélodie et faire venir tout l'atlantique au milieu des immeubles familiers, mais je ne veux pas que la recette se perde, et je pense que le monde a infiniment besoin de ce genre de sorcellerie. Merci pour ça.

Merci aussi plus que je ne peux dire, Muzillac pour cette écoute folle dans laquelle je m'engloutissais toute entière, changeant tout ce qui était prévu, jusqu'au Partisan en rappel, et quand je suis revenue sur scène je me suis rendue comme on rend les armes, oui, il n'y avait que ça à chanter pour que ce soit vrai maintenant. Alors j'ai repris la chanson, le vent qui souffle entre les tombes, la vieille dame qui cache les résistants dans son grenier et les soldats qui viennent avec leurs papiers officiels et leurs armes. J'ai repris les couplets qui étaient venus dans mon sac quand j'y portais cette chanson là, et j'ai tout chanté, voilà. J'étais si émue de voir les gens se lever que je n'ai même pas dit merci au micro, je crois que j'ai juste crié merci avec mes mains pour faire écho, parce que j'étais trop émue et que j'avais envie de faire un calin à toutes les personnes une par une.

    On a beaucoup parlé ce soir là, parlé des chansons et de la vie, parlé des musiques qui naissent et des villes souterraines, des villes qui se dévoilent comme en tombant la robe, des magies faciles et de celles qui sont cachées.


   Puis, la nuit, la maison qui nous accueillait était pleine de détours, je jouais à me cacher dans le papier peint et je voulais entrer dans toutes les pièces, mais il fallait dormir quelques heures pour repartir tôt le lendemain. Au matin on a trouvé des croissants, des étuis de guitares, un vieux piano et un flipper. Je me sentais à la fois infiniment frustrée de ne pas pouvoir rester là, et beaucoup trop gâtée que ce soit pour la plus belle raison du monde, parce que j'avais un autre rendez-vous, qu'il y avait un autre concert à dérouler, une autre ville, qui appelait mon nom. Merci, Muzillac, de m'avoir offert tous ces cadeaux, le dernier étant la vue de ton clocher dans le matin encore bleu, alors que je m'apprêtais à râler sur la nuit toujours trop courte et la non-invention de la téléportation, la vue qui a enlevé ma fatigue avant même avant qu'elle ne naisse, dans cet étonnement de la beauté du monde toujours surprenante, toujours renouvelée, devant laquelle on peut s'émerveiller naïvement, oubliant l'espace d'un instant pourquoi c'est si nécessaire, aujourd'hui, de rajouter des strophes au Partisan et de pleurer sur la mort de Leonard Cohen, qui savait parler des chemins secrets de la sagesse et de la folie, avec plus de douceur que personne.  


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