22 juin 2017

Pas de nom


La petite fille que j'aime va partir en voyage
elle a huit ans
je n'ai pas de nom pour dire sa place

la petite fille que j'aime va partir en voyage
sa maman - que j'aime aussi - m'a prévenue
on va partir
on va partir trois mois

j'aurais bien aimé avoir à dire "d'accord"
bien-sûr que j'aurais dit "d'accord"
je dis "d'accord" pour tous les rêves des gens que j'aime
même ceux que je ne comprends pas
mais je n'ai pas de nom moi non plus pour la petite fille
et elle n'a pas de nom pour moi

on dit juste les prénoms
parce qu'on n'a pas d'autre chose

Une fois je suis allée dormir chez le papa
je ne le connaissais pas vraiment mais je l'aimais à cause de ce que j'avais entendu de lui
et à cause de sa place, du nom de sa place
j'étais venue passer la soirée avec elle pendant que personne n'était là
on a mangé de la pizza et regardé un dessin animé
c'était bien
je lui ai chanté une chanson avec son mini piano criard et désaccordé
en me souvenant de toutes les fois où je lui ai joué des chansons pour s'endormir
ensuite elle s'est endormie avec une histoire sur le téléphone
elle dort les yeux ouverts et en agitant les bras
ça ne fait pas peur
parfois elle est somnambule

je l'écoutais dormir
et je travaillais dans la pièce à côté
je lui avais volé une couronne de fleurs
que je ne veux toujours pas rendre
je suis restée dormir avec ma couronne sur la tête
parce que je ne voulais plus partir de là
je ne sais pas quelle est ma place
en fait je le sais très bien, c'est juste que ma place n'a pas de nom
mais ma place qui n'a pas de nom et le papa
on a déplié le canapé lit et on a dormi là, tout simplement
parce que c'était normal que je sois là
même si ma place n'a pas de nom

parfois je trouve ça si violent
que l'amour n'ait pas autant de noms que la neige
je voudrais pouvoir dire ce qui m'arrive
pouvoir savoir que ça existe
pouvoir dire aux gens
comme ils disent "ma fille"
pouvoir dire
cette petite fille que j'aime d'une façon qui n'a pas de nom
avoir un mot seulement pour dire ça

dans trois jours elle part en voyage
et moi ce matin
j'ai rêvé que je courais jusqu'à la maison du papa
pour la prendre dans mes bras
j'ouvrais la porte j'avais une clef
le papa était en pyjama à rayures
ahuri de me voir débarquer
je le prenais vite dans mes bras
et puis je courais dans la chambre de la petite fille
de la petite fille qui n'a pas de nom d'amour
mais qui a tout l'amour de ce nom qui n'existe pas
je courais et elle était à peine debout
elle s'exclamait de me voir elle disait mon prénom de ce ton que je connais si bien
de cette voix que j'ai vu changer et se déployer
depuis cette bouche qui est devenue de plus en plus haute
en haut de ce corps de liane qui a poussé
elle disait mon prénom et elle se jetait dans mes bras

moi je la serrais fort je disais
je voulais vraiment te voir tu sais
avant que tu partes
à l'école

en me réveillant je me suis souvenue qu'elle partait vraiment
j'ai eu envie de courir en pyjama jusqu'à l'école
et je me suis souvenue
que je n'avais pas de nom
pour expliquer pourquoi









PODCAST


Voici le lien du podcast, 
pour réécouter l'émission Agenda d'hier midi, sur Fréquence Paris Plurielle, avec YAS et Pépin ! 
Pépin avait un coquillage et des cheveux toutes les couleurs, un ukulélé et de quoi parler dessin pendant un gros moment. Elle a chanté sur les gros dégueus et la colère, et on était cinq et elle chantait comme si on était cinquante, l'énergie débordant largement les murs du studio. 
Yas s'est ramenée, comme d'habitude hors de tout et pile au coeur de tout, avec un texte qui filait tout droit et puis penchait et puis plongeait. Je crois qu'on l'aurait suivie où qu'elle aille. Tout ce que fait Yas est singulier, elle a un rythme de paroles qui lui est propre, et je crois qu'elle enlève des barrières parce qu'elle ne les voit même pas, que c'est en la voyant traverser qu'on se rend compte qu'il n'y en avait jamais eu, de barrière. 
Moi j'étais très contente de les rencontrer, toutes les deux. J'ai chanté une version bizarre de Mille Bouches, et dit des bêtises sur le réel. J'ai dit que la poésie c'était plus réel que le réel. En fait c'est vrai, mais pas toujours. J'ai fait comme si je ne le savais pas. C'était mignon, mais idiot. Joyeuse fête de la musique !

20 juin 2017

Ta Parole Ton Silence


Samedi soir à Ta Parole

c'était mon dernier concert de l'année

sans doute parce que c'était le dernier
avec déjà ce goût de vacances, de sable qui appelle
de pulsions de brûler un cahier en chantant du Sheila
j'avais envie d'en faire un moment quand même un peu spécial

je savais qu'ensuite j'allais m'enfermer pour un mois avec un cahier à dessin
qu'après avoir parlé beaucoup pendant trois jours
j'allais parler de moins en moins
que je deviendrai quelqu'un qui ricane tout seul dans la rue
en pensant aux bêtises que font des personnages d'encre

j'avais deux concerts encore pas lavés de moi
dans les cernes douces de la veille et de l'avant veille
ce concert semi aquatique, à trois-coeurs-au-moins, au Triton
et puis le cabaret sur le thème du temps
on était beaucoup à y chanter
et je me souviens de moments éparpillés, des duos, des cheveux blancs à capella, le pichet de vin qui menaçait de se renverser sur la table branlante, du tambour
des petits rires surpris dans ma tête à chaque fois que JL criait "COMME NOTRE AMOUR" pour répondre aux derniers adjectifs des couplets du poète
un amour tour à tour chaud, adolescent, et mort d'une balle au poumon
moi j'étais obsédée par le poème à dérouler
je voulais danser sur le fil du condamné à mort
alors j'en profitais pour mettre au milieu des paréos, des coquillages et de la mer du nord
ces images de têtes qui roulent dans le son du panier et d'amants à qui on supplie
de venir , de venir
en s'arrachant la chair s'il le faut
en traversant les murs
histoires de crimes et de jeunes voleurs qui fument
le poème le plus cru et le plus gracieux que je connaisse
j'étais ravie d'avoir trouvé une fenêtre pour le lancer au travers
et je ne parvenais plus à penser à quoi que ce soit d'autre
je fixais la fenêtre en me rapprochant
en serrant le poème et la chanson dans mon poing
avec les quelques mots mélangés que j'avais saupoudrés par dessus
et je me demandais comment ça se passerait, ce larcin


alors après tout ça
comme j'avais un concert d'une heure qui approchait
et peut-être parce que je savais que j'allais me taire pendant un mois,
j'ai cherché ce que je pouvais faire pour me donner une petite décharge électrique
pour me rapprocher de la clôture dangereuse
pour l'empoigner à pleine mains

quand j'étais petite je pensais ça
que je préfèrerais ressentir quelque chose d'atroce que rien du tout
quand ma maison a brûlé j'ai pensé "eh bien il se passe quelque chose d'intéressant"
c'était une pensée bien tordue
qui n'a pas empêché de recevoir la frayeur quand même
avec l'odeur du brûlé bouchant les pores
mais
je comprends ce côté coup-de-pied-dans-la-fourmilière
pauvres fourmis
pauvre pied
piqué par quatre vint six bouches minuscules défendant leur territoire écroulé

je parle de fourmis, de paréos
pour raconter ce drôle de moment samedi, où, à cause de ce goût pour l'électricité
j'ai mélangé mes chansons avec tout ce que j'avais sous la main
d'autres chansons qui m'obsédaient, histoires d'amour et d'allumettes éteintes - pour le moment
de suppliques aveugles, d'escaliers qu'on monte avec les pensées qui descendent, d'hallucinations apparues à chaque marche

je me sentais fatiguée si je prenais les chemins déjà connus
et enthousiaste, effrayée et intriguée, si j'essayais quelque chose de nouveau
et puis j'avais le sang, le lait, la tête lourde et l'amour salé de la veille
encore sur le bout de la langue

alors j'ai passé toute la journée dans les loges à vérifier que mes mélanges pouvaient fonctionner
à refaire mes dosages
je me cachais dans les coins avec ma guitare dans les bras
je cherchais les deux dernières phrases d'une espèce de poème chelou en anglais
elles sont arrivées
juste à temps
c'était
it takes all the hands that i have
to pray you're on the other side
slowly letting the rising tide on your ankles
ça me prend toutes les mains que j'ai
de prier pour que tu sois de l'autre côté
en train de laisser la marée montante venir sur tes chevilles
ça m'a rendue contente cette histoire de bouteilles vides envoyées parce qu'on n'a plus de mains pour écrire les messages
alors je suis descendue et j'ai respiré un grand coup
au premier rang il y avait des copines lumineuses
des inconnus tranquilles
et deux mecs qui parlaient fort, peut-être un peu arrachés
pendant mes balances l'un d'entre eux avait flashé sur ma guitare
et m'avait montré un picking que je ne connaissais pas
mais je l'avais vu aussi danser et hurler des références à Patrick Sebastien il y a peu
je me demandais vaguement inquiète si ça ficherait ma concentration par dessus bord
mais pendant le concert il a chanté superfort les refrains de MILLE BOUCHES
et ça ne pouvait rien déranger parce qu'il s'était mis dans mon équipe
et quand je suis partie, après le rappel
après la traversée des chansons connues, les détours par les rapides, les petits rochers que j'avais rajoutés pour agrandir le paysage et pour me garder réveillée
comme j'avais dit que j'aurais aimé chanter longtemps longtemps,
depuis les coulisses je l'ai entendu crier: RESTE CHANTER ! RESTE CHANTER ENCORE SUPER LONGTEMPS ! et je me suis dit que j'allais définitivement raconter ce moment,  en oubliant de préciser que juste après il avait crié UNE TRACE DE SPEED ET C'EST PARTI POUR TOUTE LA NUIT !

ensuite
je suis allée voir la tête du monde de dehors
il faisait grand soleil
j'ai vendu tout ce que j'avais dans les poches et dessiné sur tout aussi
des petits personnages nus qui se promenaient dans mon livret en stylobic
les crèpes s'empilaient
les bières dégoulinaient
je buvais du jus de gingembre en pensant à l'interview du soir et au travail des jours à venir
mes copines rigolaient d'ivresse, inventaient de nouvelles manières de se dire bonjour
et essuyaient la mayonnaise sur les joues des voisins
un monsieur du public m'a offert son livre de poèmes
j'avais l'impression de parler à tout le monde
de passer de bras en bras
deux petites filles sont venues me voir, elles avaient des numéros de téléphone écrits sur les poignets
maintenant je pense que c'était au cas où elles se perdaient
mais ce jour là je ne pensais rien et je leur montrais mes bras écrits jusqu'aux épaules
en répondant à leurs questions
au bout d'un moment je me suis reculée pour pouvoir reconnaitre quelle peau était la mienne
et pour me souvenir que mes limites m'appartenaient
j'ai croisé une autre petite fille que je connais très bien
elle m'a fait un grand sourire des yeux
et s'est baissée pour m'attraper un petit caillou
alors on s'est donné des cailloux comme ça pendant un petit bout de temps
ça suffisait
pour se construire un beau moment

le soir en rentrant dans le taxi
avec les copines pompettes à l'arrière
le chauffeur a raconté cette histoire
je lui demandais comment ça allait, les courses de minuit et celles de trois heures du matin
il a dit qu'à trois heures du matin c'était difficile de savoir l'adresse des gens
j'ai demandé pourquoi,
et il a répondu
parce qu'ils s'asseoient
ivres-morts
sur la banquette arrière
et malgré toutes les insistances
quand je leur demande où il vont,
ils répondent
"chez moi"

quand même je suis rentrée si agitée de tous ces mots dits et entendus
que je n'arrivais pas à m'arrêter de parler ni de bouger
que pendant quelques heures je sursautais à chaque question, à chaque
fois que quelqu'un s'approchait de trop près
et que trop près ça devenait de plus en plus loin
je sentais la fatigue me prendre et me secouer dans tous les sens
je retrouvais cette envie de donner des coups de pied partout
cette incapacité à laisser le calme venir
la peur du silence comme parfois dans les premiers instants de la nuit
la panique, l'impression submergeante de solitude
chaque fois que les mots partent
l'envie d'accrocher n'importe quelle peau
comme un radeau
je me débattais

mais maintenant deux jours ont passé
l'encre a commencé à recouvrir mes bras et mes joues
je ne parle plus
sauf à la même personne de la même boutique des "Gourmandises d'Asie" visitée pour les deux pauses de la journée
une le midi , une au goûter
j'arrive avec ma petite couronne de fleurs
et le silence apprivoisé à mon bras
je prends toujours la même chose

je ne sais pas quoi dire sur le silence
d'autres le font tellement mieux

je passe les journées à dessiner en imitant toutes les expressions de mes personnages
dans un monde sans mot
chaque fois qu'il y en a un qui apparait je trouve que c'est mon préféré
je leur mets des bijoux pour lesquels j'invente des histoires
des tatouages volés aux gens que j'aime et d'autres inventés exprès
ils ont les yeux qui tombent et des choses secrètes dans leurs tiroirs
ils transportent des certificats de décès de leur propre corps
et pourtant je rigole énormément à dessiner tout ça

et maintenant que j'ai fait la descente
en rafting
depuis cet ancien endroit de parole
je me souviens
de la paille, de la joie qui circulait
de la bière rousse au goût de pamplemousse
des crieuses publiques qui criaient joyeusement tous les mots qu'on voulait bien leur donner
des rencontres et des retrouvailles dans les loges
tous ces instruments et tous ces gens qui les amenaient à la vie
quel cadeau quand même
merci le festival Ta Parole
merci de cette chance là
d'avoir été mélangée à ces trois jours, à tous ces gens
d'avoir vu ces concerts
et d'avoir pu déverser tout mon petit tonneau de mots au milieu
quel beau nom pour un lieu de festival
La Parole Errante
oui
merci

c'est bien
merci
comme dernier mot
avant de descendre
depuis ma bouche
jusqu'à mon crayon
lac d'encre
clin d'oeil en papier
et
enfin


silence

Les Crieuses Publiques


les fantastiques crieuses publiques
crient publiquement leur amour de ma musique
dans le cadre de Ta Parole




je les ai filmées en rigolant
et maintenant je les regarde en rougissant

voilà

Teaser vidéo Triton

Oh mais voilà presque à l'heure
le zapping du Pont des Artistes, l'émission enregistrée au Triton

C'était très joyeux - je me sentais comme une petite salamandre au soleil. On a été accueillis avec beaucoup de douceur, c'était la première de cette nouvelle version du trio - et j'ai tout à fait hâte de pouvoir vous partager toute l'émission !

Hexagone



OH MAIS QU'EST CE QUE C'EST QUE CETTE SUPER COUVERTURE D'HEXAGONE ?? !!


(tu peux acheter l'acheter par ici : cliclic )

Triton

(ce poème est posté en décalage
mais vous noterez la cohérence métaphorique et le champ linguistique des animaux aquatiques
avec l'histoire des poissons pas très frais de tout à l'heure
comme je me rattrape à toute vitesse 
c'est au moins cinq ou six articles au dessous
le temps file si vite
quand on est sous l'eau)


Demain soir on joue avec le trio au Triton
je n'ai jamais vu la salle
mais j'ai un penchant pour les animaux semi-aquatiques
surtout les tritons
qui prennent tour à tour dans ma tête, faute de goût pour les vérités scientifiques
les formes de petites salamandres, de grenouilles grises et allongées, de messieurs sirènes aux yeux doux, d'oiseaux maladifs et croyant que leur maison, c'est l'eau
enfin à peu près tout ce qui existe à la fois sur terre et dans l'eau
et tout ce qui peut avoir un pied droit dans le dictionnaire et l'autre tordu dans ma tête
je crois que j'appelle ça : un Triton
ça tombe bien
demain soir au Triton
on fait les premiers pas du trio
c'est à dire qu'on devient une créature avec
Mille Bouches et
Six Pieds
quatre selon la police
et neuf selon
les manifestants
moi je valide tout
je suis pour la fluidité des chiffres
je pense que les mathématiques sont un kaléidoscope
mais ce n'est que mon opinion de citoyenne
demain soir on va
jouer pour la première fois
les chansons de ce premier album
dans une forme donc ancienne et nouvelle à la fois
j'hésite à me dégouliner de l'encre noire sur les joues
ou à venir le plus simplement du monde
on a viré un instrument
on a ouvert plein de fenêtres
j'ai freiné de tous mes pieds pendant trois mois
tous mes pieds moins deux, qui continuaient d'avancer dans le bon sens
c'est comme ça que je me rends compte que je réagis à beaucoup de choses avec un grand sourire et les doigts dans les oreilles
ce qui ne facilite pas la tâche de Louise et JL, les deux musiciens merveilleux donc,
suspendus à un souffle, l'approche d'un virage
et poussant des grands soupirs en me demandant pour la millième fois de mettre plutôt les mains sur ma guitare
ensemble on invente des choses
à la fois pour tout de suite et pour plus tard
on pense à l'année dernière aux Francofolies
dans la chapelle et dans le théâtre
on présente les premiers moments d'une nouvelle version de ça
si c'était un film ce serait le début
et il y aurait eu une longue introduction
donc là avec ce texte
en quelque sorte
je vous joue le générique
pour dire 
à demain
au Triton 
et pour en quelque sorte
avouer mes écailles
les lisser en même temps que mes tremblements
et les préparer à l'eau
celle du dedans et du dehors à la fois
j'espère que vous êtes prêts 
plouf

MILLE BOUCHES dans Francofans

Merci beaucoup au Magazine FrancoFans et à Alex Monville pour cette interview !

Je ne mets pas de citation parce qu'ils disent des trucs beaucoup trop gentils et que ça me fait complètement rougir de te recopier tout ça; mais si tu es curieux tu peux cliquer sur l'image pour lire !

(il y a deux pages mais je t'en mets qu'une parce qu'on me demande de t'encourager à courir en kiosque l'acheter. Donc chante et mets tes baskets, toup toup toup, et vas lire la fin de la deuxième page chez ton marchand de journaux ou commande-le ici : www.accfa.fr/boutique )



Ouest France

MILLE BOUCHES
dans
OUEST FRANCE

merci !
"Cette fille du Pas de Calais, aujourd'hui parisienne, surprend par la force de son écriture et l'intensité de ses mots"


l'oeil du spectacle


On m'a posé des questions dans la cuisine du Pavillon des Canaux -
 ça parle en vrac de Michel Sardou, de voyage au centre de la terre, de presque-sommeil, d'une marmite à musiciens, et de MILLE BOUCHES !




LE CLIP DE MA RETENUE !

Alors voilà, 
on a fabriqué un clip, un clip sur MA RETENUE
J'avais envie d'une maison endormie, comme sous un sortilège
comme si les gens étaient des souvenirs, et que toute la maison était ma tête, ou mon ventre, 
alors j'ai demandé à plein de personnes que j'aimais de venir dormir
j'ai ramené tous les objets de ma maison
et plein de gens extraordinaires sont venus participer, travailler, construire, aider, et dormir.
ça a fait un moment assez fou, j'ai des souvenirs de couleurs, de forêts, de gens qui se rencontrent et se mettent à se maquiller mutuellement ou à dormir sur les épaules les uns des autres deux minutes après, du froid et des frissons dans la forêt, de mes cheveux qui ont pris feu sur l'avant-dernier plan, d'un buffet qui ressemblait à celui d'un anniversaire d'enfant, de la timidité, de l'ivresse à l'eau de baignoire, des imprévus qui devenaient des nouvelles possibilités, d'un grand travail toujours heureux, fait avec beaucoup, beaucoup de mains différentes. 
C'est Aurélien Peilloux qui est à la réalisation,
Avec Maxence Lemonnier aux images, et Dethvixay Banthrongsakd au décor, et puis, et puis.. 
merci Antoine Formica qui a fait un doux cambriolage, merci les mains et les dormeurs : David AbittanEmma Ancele, Tamaris Borelly, Jean-laurent CayzacStéphanie Araujo De Barros, Mathilde de France Blanchot, Romain Duda, Marion Ferrandery, Clem Clé MenceCaro GerylLou Goo Pile, Jeanne Marie Huchon, Stébane Lam , Marion Leclair, Gwendal RannouIännis Hérode, Lydia Sevette, Flo Floréal , Tiphaine Tribouilloy, Lysa Irene Velasquez, Aude Wyart.
Merci au sommeil spécial de Alice Von Mess,  Camille Achourr, Maya Mihindou - Les corps prehistoriques, Thae Seewald. 
Merci Jérémy Lifart, Justin Dermaux, Julie Zamora, Thomas Coulomb, Pierre Roques, Agathe PocheTiphaine Tribouilloy, Jeanne Hase, Le club Francos, Fase Films, Holistic Musique, la Menuiserie, Transpalux, Transpagrip,le  Chantier des Francos
merci Nicolas JosephPierre MazingarbeFrançois Glevarec, Karim Thiam, Emilie YakichAlfa ArounaJulie ArounaInès Hardouin, Vincent Drye, Martine Hardouin, Pierre Hardouin, Louise Hardouin, Merci Label Mon Slip OfficielYas Mine, et L'Autre Distribution 
Je suis très heureuse de vous le présenter !

MILLE BOUCHES DANS LIBÉRATION !


C'était donc vrai !!
 MILLE BOUCHES et une interview de Maya Mihindou, à propos de la pochette, dans Libération

" Camille Hardouin, demoiselle sauvage. La Française sort un premier album, entre chanson poétique et folk tellurique". 

La française a surtout failli pleurer d'émotion dans son tiroir à chaussettes 



cliclic pour lire L'ARTICLE COMPLET

LA DEUXIEME IMAGE

(engloutie dans cette sortie d'album et les concerts depuis un mois j'ai oublié de mettre à jour le blog. Ah ben bravo. Voici donc des nouvelles fraiches comme les poissons dans Asterix, c'est à dire "à peu près")

N'EMPECHE QUE VOICI UNE MAGNIFIQUE DEUXIEME IMAGE DU CLIP DE MA RETENUE !

20 mai 2017

CARTE POSTALE : Le Troisième jour


Cher Paris,

cette troisième carte postale, je te l'envoie en trichant complètement,
C'est à dire que comme je suis déjà rentrée,
j'essaye de brouiller le cachet de la poste, celui avec le code postal et une probable représentation de la tour eiffel, en lui collant une grosse éponge à vaisselle par dessus
afin qu'à la réception il paraisse impossible de déterminer l'endroit d'où cette carte postale imaginaire a été envoyée
ou, du moins, afin qu'elle paraisse venir d'une ville floue et inconnue, où la tour eiffel est penchée, les champs de Mars étalés par dessus le Pantheon, une ville trouble, prise dans un brouillard épais et baveux, comme les oeufs brouillés de ce samedi matin.

je te l'écris donc, cette troisième carte postale, en rétropédalant mentalement, pour trouver l'élastique du troisième jour , et l'étirer pour me glisser doucement dedans,
alors j'ai à nouveau les pieds dans la piscine
et je peux te raconter

que ce troisième jour je devais faire un dernier concert, dans une maison
à peine arrivée j'ai dit bonjour et fait quelques pas dans ce nouvel espace
mais aussitôt j'ai vu le ukulélé
je l'ai pris contre moi
il faisait si chaud que c'était naturel et facile
et a commencé une promenade de 24h avec ce petit instrument dans les bras
je l'emmenais partout dans la chambre dans la piscine dans le jardin dans le salon
je ne savais pas jouer mais lui oui
je me souviens qu'il faisait beau puis nuages puis pluie puis beau
et que mon ukulélé volé dans les bras je regardais par les fenêtres

c'est comme ça sans doute qu'elle est née
cette petite chanson sur les météos changeantes
ou plutôt les zones où il fait un temps indéterminable
la chanson dit "rainbow zone", "half sunny and one third a storm"
ça veut dire, à moitié soleil et un tiers une tempête
et le reste on en a aucune idée,
c'est mon temps intérieur la plupart du temps
mes sentiments ne savent plus comment s'habiller
mais suite à cette chanson ils ont appris à s'en foutre un peu
et ils paradent tranquillement dans leurs moonboots et leur mini robe panthère avec un petit chapeau en plastique
ils se font des tutus en point d'interrogation et des nippies en point d'exclamation
ils mettent des paillettes par dessus tout ça
et vogue la barque du c'est beaucoup moins galère

ah je peux te dire que j'ai été gâtée dans cette maison du troisième jour
déjà parce qu'on m'a laissé voler cet instrument à environ quatorze secondes de mon arrivée
et devenir une obsédée météorologique
qui se croyait à Hawai parce qu'il faisait plus de douze degrés
bravo les gens du pas de calais hein

mais aussi gâtée c'est sûr, par les habitants de la maison et par le hasard :

il faut savoir que mon régime alimentaire spécifique
c'est végétarienne avec tolérance aux huitres
à cause d'un retard de train de deux nuits
et du fait que je préfère les babyfoot sur le port à l'ennui dans les gares
mais c'est une autre histoire
en tout cas,
c'est une histoire qui fait que de temps en temps
quand on m'en apporte
malgré mon idée de la mort et du plaisir
je mange des huitres avec gourmandise et en disant excusez-moi madame

ce jour là c'est ce qui s'est passé
et en mangeant mes huitres je me souvenais
de la toute première fois où j'en avais mangé, enfant
je m'appliquais à boire dans la coquille sans trop me renverser d'eau de mer sur les jambes,
et il s'était passé cette chose
que dans la première huitre
j'avais trouvé une perle
un petit trésor minuscule qui un jour m'a roulé des mains
pourquoi ça me revenait soudain en mangeant des huitres dans cette maison de Bordeaux
en sentant soudain sous ma langue une dureté familière
en souriant doucement en retirant la perle de ma bouche
je pensais aux dérangements, aux intrus qui deviennent précieux
ça me plaisait beaucoup
j'avais envie de décider que c'était ma dernière huitre
évidemment plus tard dans la nuit j'ai rompu cette semi-décision
il faut dire qu'on venait de m'informer que les huitres se mariaient très bien avec le whisky tourbé
et qu'il y en avait justement, par un hasard fou, un fameux sur la table
je suis une invitée polie.

L'après midi aussi j'ai visité les frissons de la piscine, pour me faire des souvenirs
une fois que ce qui se rapprocherait le plus d'une piscine serait l'évier de la salle de bain
alors juste pour te donner le baromètre du niveau d'accueil,
figure toi qu'à peine j'avais trempé deux orteils
qu'on m'a apporté des cerises du jardin
ça devenait n'importe quoi au niveau bonheur
me disai-je en rentrant dans l'eau fraiche, le bol de cerises tenu haut
et poussant des petits cris aigus à mesure que l'eau fraiche montait sur mon ventre

le soir j'ai chanté
on avait prévu des micros mais j'ai tout poussé
encore cette histoire de météo, de coups de vents à suivre
parfois pour être juste il faut en faire des galipettes
je cherchais le bon courant
j'improvisais des détours
en me demandant si je retomberai par miracle sur mes pattes
comme un chat qui aurait senti le whisky tourbé d'un peu près

pourtant j'ai attendu la fin du concert pour le apprendre son gout de terre, après la joie de Pablo réclamée pour la première fois, le gâteau à l'orange, et les petits personnages tous nus qui continuaient d'envahir le livret de mon album, en guise de dédicace.
entre deux j'avais aussi joué ma petite chanson météoro-pas-hyper-logique en rappel
d'habitude quand je finis une chanson je vais voir dans le salon si il y a quelqu'un pour l'essayer,
alors trouvant cette fois un micro et 50 paires d'oreilles attentives
forcément c'était tentant

je me demandais en chantant mes histoires d'imperméables enfilés et d'impatience désapprise
si tout le monde se sentait comme ça
si on ne fait pas tous semblant de savoir la météo de notre tête
prétendant un orage alors qu'on sent bien arriver le printemps
ou niant l'existence des fabuleuses giboulées
je pensais à ça, à mes précipitations
à ce mélange de calme et de clarté retrouvée, que j'apprenais moitié à rebours
qui était à la fois un désenchantement et une respiration plus grande
souvent l'impression que la vérité c'est comme ça
et je sentais en saluant, les roses presque fanées 
que j'avais mises dans mes cheveux
leur mélange d'odeur de printemps et de macération dans l'eau, l'odeur des choses qui passent
je la sentais chaque fois que je bougeais

juste avant de partir de Paris
c'est vrai, je m'étais demandé comment on s'occupait des roses 
parce qu'on m'en avait laissé une
je ne savais pas quoi en penser et la fleur non plus visiblement
elle oscillait entre s'évanouir et rester droite
ce n'était pas un cadeau, c'était comme un hasard
un happening
une fleur oubliée et bienvenue à la fois
je me méfiais c'est vrai des prolongements et des fleurs
mais je voulais en prendre soin quand même
alors j'ai regardé et trouvé
qu'on pouvait planter les roses coupées
à condition de leur couper la tête.

Tous les forums obscurs de grand-nimporte-quoi du jardinage étaient formels :
si tu plantes une rose à laquelle tu as coupé la tête
dans une pomme de terre
puis dans la terre
avec un peu de soin
tu peux faire rejaillir un rosier.

alors en retournant me cacher après la dernière chanson,
en retrouvant le reste du bouquet, et mes souvenirs,

je me demandais
si je plantais ça
avec l'état joyeux et indéterminé qui était le mien
si ce qui pousserait
ce serait une roseraie
ou une patate.

à bientôt Paris
je finis ma carte postale et je me retrouve instantanément téléportée dans toi
j'en profite pour envoyer d'ici un merci non-brouillé à l'éponge
à Bordeaux-Chanson pour l'orga, aux spectateurs curieux, et à Marie et Tony, qui m'ont accueillie, nourrie et choyée, huitrée et cerisée, et whiskytourbée par dessus, et surtout, surtout, qui m'ont laissée, avec une patience infinie, bouger les meubles et les habitudes de leur maison, et me promener pieds nus partout avec le ukulélé volé à la main, parlant par petits hocquets, absolument obsédée par ce nouvel instrument et les boucles de cette petite chanson qui naissait. Pour cet accueil, pour cette générosité, pour cette patience avec mes trottinements en zigzag, merci, merci, merci.

MONSTRES D'AMOUR


(ATTENTION JE POSTE ÇA UN JOUR EN RETARD - DONC LA DERNIÈRE A MAINS D'OEUVRES C'EST CE SOIR -  samedi 20 Mai - BISOUS MONTRUEUX )

...

MONSTRES D'AMOUR, ça continue ce soir et demain. 
Le premier jour le feu a pris dans le théâtre, et le plafond gouttait. Hier il y avait tout autant de pluie et de bougies branlantes mais ça s'était déjà comme intégré, avalé par la bouche dévorante du spectacle.
Il faut que je le dise, peut-être, en même temps que je vous invite à venir, que c'est un spectacle remuant, d'une beauté très étrange, que de ce spectacle plein de gens sortent émus, et d'autres un peu secoués, voire retournés-retournés. Normalement retournés-retournés ça fait qu'on est remis en place mais parfois ça fait qu'on est juste deux fois plus retournés. Celà dit peut-être que c'était ça la vraie place.
C'est quand même un spectacle avec à la fois du texte et du boudin.
C'est un spectacle qui creuse dans les désirs, qui cherche jusqu'où ça va, cette envie de dévorer l'autre, cette envie de le garder pour soi, dans soi. ça parle de cannibalisme amoureux, métaphoriquement et aussi pas trop. Mais ça fait pas peur, en tout cas, moi, j'ai pas peur. Au contraire, à chaque fois ça me calme, ça me dit, regarde, si tu veux fouiller par là, aller voir dans l'horrible du bout de ce sentiment, vas y, fouille, ça fait ça. Alors?
A chaque fois qu'une limite passe ça me parle de la scène et de la vie en même temps. Mais oui, il faut le dire, c'est un spectacle qui pousse les limites, qui fait ça avec une tranquillité impressionnante, un spectacle qui remue du pied ce qui dépasse, et surtout, qui pose le corps sur la table, pas très loin d'une fourchette. 
Ma phrase préférée du spectacle c'est : "c'est l'histoire de la fille qui veut pas rendre le pompom dans le manège".
Il parle de ce sentiment que l'amour est à tout le monde sauf à soi. Il parle de pyjamas et d'envie de manger l'autre avec ses dents. C'est un spectacle cru, voilà, c'est ça le vrai mot du spectacle. Un spectacle beau et cru. 
Moi dedans je ne sais pas comment dire ce que j'y fais, tous les jours je vais dans les coulisses et je regarde Elisa et Rebecca se préparer, leur complicité du juste-avant, les cordes qui s'attachent, l'intensité de la traversée qui arrive, une chose à la fois artisanale et stupéfiante, parce que certains des matériaux du spectacle sont des cordes, des chaises, des draps, une culotte, du boudin, mais d'autres sont: du présent, du dire oui, du avoir-froid, du révéler ses sentiments à la seconde près.
Je les regarde, confondue dans le fauteuil léopard avec ma veste léopard, je leur dis qu'elles sont belles, que j'aime tous les moments du spectacle, que je ne pensais jamais être assez forte pour voir un truc qui s'appelle "MONSTRES D'AMOUR - (je vais te donner une bonne raison de crier)", et que maintenant d'une manière minuscule et surprenante je me retrouve glissée à l'intérieur, et que c'est bizarrement une des choses les plus douces que j'ai faites. Chanter autour des limites, autour de la douleur. C'est une performance de présent, un moment de précipice. 
Je vous raconte ça, parce que ça me transforme, ces quatre jours avec elles, et parce qu'il en reste deux. C'est à Main D'Oeuvres, ce soir et demain soir, à 19h30.

                         © Vinciane Verguethen 

MA RETENUE


Le clip de MA RETENUE arrive le 31 Mai !


17 mai 2017

LE DEUXIEME JOUR

Cher Paris,
c'est une fuite d'une semaine
que je te raconte sous la lourde lumière du sud
avec des mots paresseux, rougis des cerises que les enfants me mettent dans la bouche
il fait si beau que j'ai appris à jouer du ukulélé
mais j'essaye de tout te raconter dans l'ordre
voilà la plus longue carte postale du monde
adressée à personne en particulier
juste un timbre
quatre vingt mille feuilles de papiers à lignes
et pas d'adresse sur l'enveloppe.


LE DEUXIEME JOUR

le deuxième et le troisième jour
j'ai mangé des dunes
c'est un petit beignet couleur sable avec de la chantilly qui déborde
j'avais encore du sable dans mes chaussettes
il fallait que j'aille à une espèce de bilan-du-concert-improvisé-de-la-veille
assise à table par habitude gardée des salles de classe
je dessinais au lieu d'écouter les lycéennes autour de la table
je les regardais rougir et tenter de ne pas bouger
bien-sûr que moi j'étais tranquille
cachée derrière mon stylo
avant de repartir elles m'ont demandé des photos
alors on a fait semblant de se battre ou de se prendre dans les bras
ou de jouer au pierre-feuille-quoiquecesoitd'autre
ou de faire d'horribles grimaces
pour la photo de groupe comme aucun fond n'était uni
on s'est allongées par terre en étoile
on aurait dit un générique de série des années 90
le soir je jouais dans la maison où j'avais dormi
où j'avais écrit avant de m'endormir, répandu mes affaires sur le plancher et pris le petit dejeuner pieds nus
bref dans la maison où je m'étais fait une petite vie en accéléré,
où une famille m'avait gentiment fait une place,
quelle drôle d'impression de descendre l'escalier depuis sa chambre pour faire un concert
mais que j'étais heureuse de chanter sans micro
l'impression d'un filtre en moins plutôt que d'un mégaphone oublié
de joie, j'en grimpais sur les sofas
je m'asseyais sur le rebord du canapé en poussant tout le monde
sans scrupules, mais avec moulte petits gloussements de rire
c'est sans doute tout ce que je ne raconte pas, qui déborde comme ça
aussi étrange que ça paraisse j'écris plus mais je parle moins
comme si mon tuyau à mots s'était penché d'un côté
après le concert il y avait un buffet. J'essayais de goûter à tout,
j'écoutais les gens me parler, je souriais la bouche pleine
et je dessinais des petits personnages tout nus dans le livret de l'album.
Avant de me coucher j'ai reposé la rose que j'avais dans les cheveux
la rose offerte la veille, prélevée du bouquet
et qui m'avait accompagnée toute la journée
qui était une coquetterie et un souvenir tendre,
qui se fanait gracieusement au milieu de ma tête
comme le temps passait vite sous ce gros soleil content
déjà c'était le matin et il fallait repartir
avec le sentiment de quitter une maison familière
comme celle d'une tante ou d'une amie,
ou plutôt, celle des familles des copains chez qui on restait dormir, ados, se réveillant le matin avec d'autres parents, d'autres habitudes
cette impression là de familier tendre, de sourire persistant et de mal à la tête
une maison où on sait qu'on pourrait gratter à la porte
si on avait besoin d'un endroit
d'un abri
sans forcément tout avoir besoin de dire ou de comprendre
merci, Corinne, et Bordeaux Chanson
pour ça
je garde donc une adresse de porte ouverte
et un parfum persistant, dans les cheveux, en guise de médaille heureuse.  

15 mai 2017

Portraits Minute

-"j'aimerais bien faire un portrait un jour, si tu veux.
- ben viens on fait ça tout de suite !"
les portraits-minute du premier jour par Axel R. Photographie ,
dont je parlais dans ma carte postale d'hier! 
Merci !







14 mai 2017

LE PREMIER JOUR


Cher Paris,
c'est une fuite d'une semaine
que je te raconte sous la lourde lumière du sud
avec des mots paresseux, rougis des cerises que les enfants me mettent dans la bouche
il fait si beau que j'ai appris à jouer du ukulélé
mais j'essaye de tout te raconter dans l'ordre
voilà la plus longue carte postale du monde
adressée à personne en particulier
juste un timbre
quatre vingt mille feuilles de papiers à lignes
et pas d'adresse sur l'enveloppe.



PREMIER JOUR


Cher Paris
je voudrais tout te raconter paresseusement
ma fuite de toi
le premier jour, réveillée à l'heure de partir
yeux écarquillés et coeur battant,
couru prendre le métro- en panne
avec mes guitares qui tombaient de partout, mes lunettes et moitié encore en pyjama
j'avais dormi trois heures
la pleine lune et l'envie de tout comprendre, sans doute
réveillée en sursaut, jeté à manger au chat et couru pour essayer d'attraper ce train vers le sud
arrêté un taxi - j'aurais du me méfier - il me voyait arriver dégoulinante de mots et de bagages, sans réagir
c'était véritablement le taxi le plus lent du monde
moi qui parlais à toute vitesse sans espace entre les mots
bonjourmonsieurohlalajesuisenretardpourletrain20minutespourlagaremontaparnassevouscroyezquec'estpossible?
et lui qui me répondait en allongeant les syllabes
je m'étais crue dans taxi trois
mais c'était taxi moins deux
et je pestais à tous les carrefours pendant que lui attendait que le feu vert soit bleu
c'est moi qui devenait de la couleur de mes cheveux
couleur post-ecchymose en retenant ma respiration
et lui qui égrenait lentement les raisons pour lesquelles je n'attraperai jamais ce train
vous voyez comme c'est encombré le matin
me disait-il en laissant passer toutes les occasions de démarrer
en commentant le passage des autres voitures devant son nez
et les camions de livraison qu'il ne doublait pas
sur ses conseils j'ai fini par m'enfuir prendre un autre métro
couru dans la gare, contourné la barrière en catimini des contrôleurs et des pessimistes
grimpée in-extremis dans le train collé au mien
pas le bon mais presque - et qui allait au même endroit
en cherchant un endroit où me cacher, haletante, j'entends une voix familière
qui dit mon prénom
mon demi-pyjama, mes trois heures de sommeil, mes lunettes et moi, on se retourne
on tombe nez à nez avec un souvenir de gare
devenu depuis un ami précieux
une espèce de petite lumière ébouriffée, un moineau élégant, une épouvante tranquillement incandescente, ce genre de personne, qui fait de la bizarrerie virtuose, les notes mêlées comme des jambes, amoureusement, à plein d'autres musiques dont on prend la soif comme ça, par contagion, comme une espèce de grande maison qui s'agrandirait à mesure qu'on avance entre les pièces,
on s'était rencontrés exactement comme ça, entre deux trains, et voilà qu'il apparait
et me parle de ses amours et me questionne sur les miens
me rappelle que j'ai la braguette ouverte
et moi pas lavée-pas habillée-pas dormi
presque oublié de respirer depuis trois jours
je l'écoute reconnaissante
il me parle du temps et de la sagesse
je l'écoute répandue sur la table au milieu de mes confidences éparpillées et de ma fatigue
évidemment le contrôleur ne l'entend pas de cette oreille
d'ailleurs comment pourrait il, car sous sa casquette il n'a pas d'oreilles du tout
visiblement je suis en première classe
pas dans le bon train
pas tout à fait revenue dans mes chaussures non plus
et il s'est passé une heure depuis la première lettre de Bonjour
il veut me faire payer tous mes débordements
on a toute la peine du monde à se faufiler entre ses sourcils froncés
mon ami est plus souple et plus réveillé que moi
c'est lui qui écarte les barreaux pendant que je passe
et me laisse partir avec un clin d'oeil

plus tard j'ai pu me remettre la tête à l'endroit
le bleu redevenu sans nuages et la peau de bête sur les épaules
j'ai quinze lycéens à rencontrer aujourd'hui
tout ce que je pense c'est que ça fait cinq fois plus de gens que d'heures de sommeil
je m'assois dans la classe avec eux
je fais semblant de savoir où je vais
mon cerveau jongle avec les pensées comme les adolescents à bolas sur le parvis de Notre Dame
miraculeusement la magie prend quand même
et deux heures plus tard dans la petite chapelle
me voilà pieds nus sous la tête de la statue de Beethoven,
on cache des surprises dans le piano
une jeune danseuse s'avance pendant que je lui tourne le dos
je n'ai rien vu mais au son de ses pas sur le sol c'était fantastique
on met des surgissement le long des murs
et sous les pulls des spectateurs
au moment de partir une jeune fille m'offre un bouquet de roses lourdes
et moi avec ma couronne de fleurs en plastique sur la tête
j'ai des bras qui ne savent plus quoi dire
comme quelqu'un réclame encore une chanson
je pose les fleurs offertes sur mes genoux et je m'exécute
chanson de douleur de désir et de sauvetage en mer
chansons de l'eau qui réclame une bouche pour la boire
un élève me tire le portrait
je lui fais des blagues de fleurs et de léopard
et puis on repart
Corinne, rencontrée quelques heures plus tôt
me regarde dans la voiture
elle me dit qu'au bout de la rue il y a l'océan
c'est tout droit pendant quarante minutes
je dis c'est pas bien loin ça quarante minutes
c'est comme ça qu'on se retrouve à 23h
devant l'océan avec une fourchette
le bruit des gros rouleaux et le flan aux carottes
éclairé sur la plage sauvage avec un téléphone portable
cette nuit là j'ai bien dormi ça oui
j'avais l'impression d'être une petite fille endormie dans la voiture
sauf que moi, petite fille, je ne m'endormais jamais
je voulais garder les yeux ouverts pour rester vigilante
comme si mes paupières ouvertes pouvaient éloigner le sommeil et les accidents
en même temps
c'était parfois lourd mais je tenais bon
et les accidents restaient au loin sans nous approcher
c'était surement grâce à moi
mais cette fois là, enfin endormie, des années plus tard
la dernière chose dont je me souviens
c'est un flash dans les phares de la voiture

en ouvrant les yeux à un moment
j'ai vu un faon
il était très près
sur le bas côté
et lui non plus
il n'avait pas peur.