13 janv. 2018

journal intime en plein air - samedi 13 Janvier




les jours sont si épais
je devrais m'habituer mais toujours pas
mes poumons ne sont pas faits pour trier l'épaisseur de ce que j'aspire
ce sont mes mains qui détricotent, à la place
ça fait que j'ai moins de temps pour faire le reste
je vais plus lentement

c'est ennuyeux
mais c'est important
je voudrais pas sortir dans le monde avec un faux visage tricoté sur la tête
je préfère la version nue de moi
je préfère le vent qui mord les joues
et je veux moi aussi mordre le vent en retour
avec ma bouche

j'ai rêvé d'une douche en cachette
dans une maison pas accueillante
mes cheveux, depuis le violet et le rose de la réalité
avaient viré au vert dégueulasse
vert trainé dans les égouts, vert raté
pas le vert radieux de l'été, des fêtes, des roulades dans l'herbe, des mojitos à cinq heures du matin,
mais je tenais la tête haute
mes cheveux étaient comme une plante
qu'on a noyée
ils avaient changé de couleur sous le poids de l'eau
mais dans le rêve je savais que ce n'était pas grave
parce que ma peau était glissante
et que de ce poids
je m'en défaisais de jour en jour

ce matin je me réveille
le passé est encore assis sur ma poitrine
le passé est entré chez les voisins
il ne frappe pas à la porte il 
vient dans ma maison
changer mes meubles de place sans me demander la permission
il met les chaises et les inquiétudes dans mes jambes
il est un petit réveil matin geignant dans mes oreilles
et je mets la musique fort très fort
pour ne plus l'entendre

tous les jours je prépare mon évasion
il ne perd rien pour attendre
je ne veux pas me battre contre lui
je sais qu'il est fait de vieux corps perdus, de chairs qui roulent sur elles-même
de doigts qui s'écrasent avec des routes et des marteaux
je ne veux pas me mettre quelque part au milieu de ça
parce que ce n'est pas ma place
ni sous le rouleau compresseur ni dessus

je le balaye comme tous les matins
je lis des poèmes de cailloux et de danse
c'est pour lui et pour moi à la fois

je sais que l'air est plus épais à certains endroits
je ne veux pas ajouter le poids de ma colère par dessus
je veux ouvrir les fenêtres
et m'en aller

je déménage
et je laisse tous les cartons du passé
se décomposer et fleurir

je dis fleurir
ce n'est pas une épice de faux-bonheur pour mettre à la fin d'une chose puante
c'est parce que les fleurs sont si étonnantes
on peut les couper et faire un bouquet de fleurs de cadavres
les fleurs et les feuilles c'est ce qui pousse même par dessus la mort
c'est ce qui vient dire que la mort éteint et se rallume
les choses sont parfois hantées d'elles-mêmes
et on peut enlever cette odeur de hantise
on peut lui parler et se tenir très loin d'elle
et on peut regarder les choses mourir et pourrir
et parfois
quand on n'attend rien du tout
quand on revient à l'endroit où tout est enterré
on a cette surprise là
un champ de fleurs, poussé sur tout ce qui voulait se taire
un champ de fleurs pour dire ce qu'il restait à dire

quand on a tout bien trié, enterré, calmé, quand on est parti au bon moment, qu'on a crié au bon moment, qu'on a couru comme on a pu, qu'on a hurlé à la moitié des choses qu'il fallait vivre et à l'autre qu'il fallait se taire
quand on a enlevé la terre de sa propre bouche pour la jeter au visage de ce qui avait besoin de ça
parfois ce qui criait c'est ce qui avait besoin de repos
on peut l'enterrer et lui dire, tu as le droit de te taire et de mourir, maintenant
je te fais un lit dans le ventre de la planète, c'est pour que tu saches
je te mets là parce que c'est ta place de chose qui criait parce qu'elle voulait mourir
et quelquefois
les fleurs
elles parlent d'une voix rauque, elles veulent dire encore quelque chose
parfois c'est difficile à entendre parce que ça parle bas ou encore douloureux
mais parfois
pas toujours, mais parfois
ce qu'elles disent
les fleurs
c'est merci



ROUGE ZOMBIE - exposition à Podensac (33)

Salut Podensac !

 Tu peux aller voir l'exposition consacrée à ROUGE ZOMBIE dans ta médiathèque ! A partir du vernissage (aujourd'hui à 16h30) et jusqu'à la fin du mois, tu peux venir coller le nez sur les vitres et voir mes personnages d'encre se réveiller, rajouter des dents dans leur bouche, ou s'asseoir à l'envers sur des sièges d'avion.

J'eusse aimé moi aussi trainer mes chaussettes dépareillées au vernissage mais je t'envoie ces mots de loin, depuis Paris et les dernières retouches des dernières planches. 

Par contre tu pourras y trouver la radieuse Fany, l'éditrice qui a eu cette folie éclairée d'embarquer avec moi dans cette aventure de zombie végétarienne. Elle pourra te raconter comment on a tissé ça ensemble, et comment hier dans un café j'ai failli gâcher six mois de travail au moment de tout rendre, en renversant un encrier plein sur l ensemble de mes planches.
Tout le bar autour, qui avait suivi ce qui se passait parce qu on parlait fort, s'est figé comme dans chat glacé. On a respiré, pas crié, rattrapé ce qui était rattrapable, accepté de recommencer le reste. On a décidé que c'était un jour de mains maladroites et qu'on allait tout arrêter tout de suite. Je sais pas si c'est toujours autant d'aventures de faire une BD mais dis donc. Heureusement la plupart de l'encre avait coulé sur quelques planches, sur des zones blanches ou des dessins pas difficiles a refaire. Dans les films de pirates, c' est toujours les derniers moments de la traversée, ceux où on voit la terre dans la longue vue, où les dangers sont plus aigus. Je retiens la leçon et avance maintenant avec l'épée et la patience à portée de main.

 Bisous Podensac, si tu vas voir tu m'envoies un mot et des photos? Je trinque avec toi avec mon long bras qui traverse la france, entre dans ta médiathèque, fais un tching inaudible, boit une coupe de mousseux invisible.

8 janv. 2018

TERRE BOUBLI




Aujourd'hui on a tourné la video pour Terre d'Oubli

l'ordi est plein de terre

mes cheveux sont pleins d'huile

il faisait froid, froid, froid

sur les images ma peau est blanche et mes lèvres sont violettes

"ça va bien avec tes cheveux" disait Thae, la petite fille

on prenait la terre dans nos mains

on la mettait sur le drap blanc

je m'allongeais dans la terre

c'était beau et doux et lent et froid et impressionnant

cette maison sans parquet qui nous laissait faire, qui nous accueillait

Leina venue nous aider, Maya si douce, Thae si sage

miraculeusement personne ne s'est fait mal

j'avais juste très froid

Thae a eu un peu froid aussi dehors, pendant les premiers plans
j'espère qu'elle en gardera quand même un beau souvenir

A la fin on est tous allés manger une patate pour se réchauffer

dans le restaurant Maya nous montrait les plans sur l'appareil photo et on s'exclamait

ensuite on est rentrées, Leina m'a aidée à tout ranger et on est rentrées

je lui ai fait un smoothie géant à l'épinard et à l'orange et au concombre et à la pomme

on a parlé et mangé des chocolats

maintenant c'est l'heure de prendre un bain brûlant

d'enlever le froid et la terre et l'oubli

de mon dos



il y a eu tellement de moments où on devait se retenir de rire ou de crier de froid ou de chatouilles
le mieux
c'était à la fin
au moment le plus dramatique
la lumière baissait alors il fallait se dépêcher de tourner les derniers plans
notre énergie aussi baissait
on avait mangé un pain au chocolat mais c'était il y a des heures et des heures
et il faisait froid dans la maison et j'étais plus ou moins à loilpé quand même

alors il restait à tourner le dernier plan le plus beau
avec les feuillages sur mes yeux et les fleurs dans ma bouche
Thae a découpé ma robe
et elle doit se pencher et écrire
TERRE D'OUBLI
sur ma peau

il fait froid
on est toutes très concentrées
Thae se penche
elle a le pinceau plein d'encre à la main
mais Thae a neuf ans et la journée a été longue
et au lieu de faire un d' elle fait un b
TERRE BOUBLI

pour nous ça a été extrêmement tentant d'utiliser ces dernières minutes de lumière pour un fou rire à rallonge
finalement on a réussi à se reprendre et à refaire la scène
tout juste dans les temps

terre boubli
j'ai repensé à ça
et à l'histoire que ma maman m'avait raconté
du fou rire familial à un instant comme ça, grave, dramatique
du rire qui vient pour rappeler la vie

j'en rigole encore dans mon bain brûlant
en rangeant les affaires
en mettant les fleurs et les feuillages dans l'eau
en mettant les robes et les tissus dans la machine à laver
en me répandant dans mon grand lit

quand même
terre boubli
je me répète en pouffant dans mon lit, en pensant comme j'ai de la chance
qu'on ait tourné une video si belle, si facilement,
avec des gens si beaux, si faciles
si particuliers, si irremplaçables, si doux, si étranges
comme j'ai de la chance
en revoyant les images défiler sur le petit appareil photo de Maya
en repensant aux tissus mouillés sur ma peau nue
avec la bouche qui se soulève à peine
d'un rire déjà endormi
terre boubli

22 déc. 2017

Les Pirates de L'Express

Bonjour ! 

que je suis heureuse de voir cette entrevue publiées sur le site de L'express Canada ! 

Ce sont les étudiants du cours de français Parlons Chanson, avec Dominique Denis, à Toronto, qui m'ont posé des questions sur ma chanson Les Pirates. 

J'y ai répondu avec autant de sincérité que possible, et comme je suis un peu bavarde à l'écrit, ça débordait un peu de la taille prévue pour l'article. 
Ils ont cependant réussi à garder l'essentiel - et puis je vous mets les réponses entières ci dessous, pour les curieux !! 

On y parle entre autres de ma famille, de panneaux de signalisation, d'étonnement enfantin, et de policiers tous nus. (surtout dans la version longue !)

Voici le lien vers l'Express : cliclic 
(et sous l'image, mes réponses entières)


cliclic pour lire l'article dans l'Express 

et ci dessous mes réponses dépliées  ! 


QUESTIONS POUR CAMILLE HARDOUIN (LES PIRATES)


Vous avez grandi au sein d’une famille qui gravitait vers les domaines scientifiques, mais vous aviez une imagination très libre et aventureuse. Votre famille appréciait-elle la manière dont s’exprimait votre liberté personnelle?

Il me semble que cet esprit aventurier était dans la famille mais qu'il s'est exprimé très différemment pour chacun ! C'est difficile de savoir ce qu'il y a dans la tête de quelqu'un d'autre, mais c'est sûr que cette tendance à aller voir de l'autre côté du rideau, cette envie d'explorer et de raconter les choses sans tenir vraiment compte des limites tracées au préalable, oui, ça a causé des petits frottements, des incompréhensions. J'ai mis longtemps à apprendre comment vivre avec cette soif et à en même temps être avec les autres humains finalement! j'ai encore l'impression d'apprendre, et cette impression bizarre de rencontrer enfin quelqu'un ma planète quand je rencontre un artiste dont le travail me parle.

Il y avait assez peu de musique mais beaucoup d'histoires - dans les livres ou dans les choses qu'on se racontait, et je me nourrissais beaucoup de ça. Même si il y avait aussi, avec tous ces docteurs, pas mal d' histoires de maladie ou d'opérations qui me faisaient sortir de table en hurlant !

Je savais que je devais prendre un chemin différent - pas seulement parce que je ne supportais pas les histoires d'opérations ! Mais parce que c'était la seule chose qui me paraissait faire sens à peu près dans le monde; j'étais vraiment sûre que c'était par là que je voulais aller, un endroit où je pouvais respirer et être un peu moi-même, avoir moins l'impression de tout retenir, de faire semblant. Je ne connaissais personne qui avait fait ça à ce moment là et j'avais vraiment l'impression de partir à l'aventure ! Quand on me demandait ce que je fichais dans la vie, je répondais qu'en tout cas j'arrêtais de faire semblant de tout le reste. ça a été ça, le début. Ma famille était un peu inquiète au départ mais tout le monde a été aussi encourageant que possible dès qu'ils ont un peu plus compris ce que je faisais, ce qui était aussi de mon fait, parce que j'ai assez peu de gout pour les explications, et puis que c'était assez inexplicable, au début, au sens propre du terme, c'est à dire que je ne pouvais pas et quelque part ne voulais pas formuler ce que j'allais faire.

En tant qu’artiste qui travaille dans le domaine du théâtre pour enfants, je me demande comment vous vous y prenez pour garder la magie de l’enfance dans la création de vos chansons?  

Merci pour cette question qui abrite un compliment si lumineux !
Je ne sais pas si je m'y prends d'une manière particulière, j'essaye découter au mieux ce qui vient, de déjouer les filtres en quelque sorte. C'est presque étrange de parler de ça car il faudrait probablement plus de recul alors que j'ai l'impression de nager complètement dans cet étonnement. je me sens curieuse de tout, y compris de ce qui se passe à l'intérieur, j'ai sans cesse l'impression d'être surprise, d'être émerveillée.
Je passe beaucoup de temps à regarder les choses pour essayer de trier ce qui me semble sonner faux, et à protéger et célébrer ce qui me semble précieux, comme quelqu'un qui cognerait doucement des doigts sur le mur pour voir s'il est en bois ou en toc.
Peut-être que d'une certaine manière, j'écris sans me regarder, ou en essayant de laisser ça le plus tranquille possible, en tout cas
Dans mon expérience, ce n'est pas très raisonnable ni très décidé d'écrire une chanson. D'ailleurs souvent ça vient complètement dérouter ce qui était prévu dans ma journée! j'en suis toujours à la fois déstabilisée et reconnaissante - c'est tellement intense et intéressant de voir naitre et se dérouler quelque chose.

Dans cette chanson, pourquoi avoir choisi de tutoyer le personnage du policier, qui est a priori une figure d’autorité?

Justement pour parler de l'humain tout nu sous l'uniforme !

C'est une histoire que j'ai vraiment vécue, ce policier désorienté venu interrompre un moment d'ivresse et de jeu, mais en écrivant la chanson je me suis rendue compte que la figure du policier parlait si fort parce qu'elle était aussi vraiment dans ma tête
la voix qui parlait très fort en me disant "tu n'as pas le droit" et que j'avais envie d'apprivoiser, ou de dérider en tout cas, au moins un peu.
Pour ça aussi je tutoie le policier : il est familier!
mais également parce que dans la vie, je trouve ça très important, de considérer que les gens en face de vous sont très proches, d'une certaine manière.

Dans toute la chanson on parle finalement des sentiments de ce policier. Donc on est vraiment du côté de la créature qui vit quelque chose, pas tellement du côté de l'uniforme ou de la rigidité de son repassage.

Vous avez écrit un jour que « faire des bêtises, c’est important dans la vie ». Pensez-vous que quand le policier de votre chanson était jeune, il faisait lui aussi des bêtises? Que lui est-il arrivé après ça? 

Elle est très belle cette question parce qu'elle donne envie de regarder comme une créature de sang et de chair et de souffle un personnage de mot, de papier, une personne que je vois dans ma tête tous les soirs quand je la chante, avec sa petite moustache et son air pincé dans le train en plastique, mais dont j'imagine finalement très peu la vie en dehors de sa chanson.

Si on l'enlève de son milieu naturel, qui est la chanson, qui dure finalement le temps d'une engueulade et d'une question dans un manège ! eh bien je pense qu'instantanément il se dédouble, ou se triplouble, entre le policier de la chanson, avec son uniforme imaginaire et sa moustache imaginaire, le policier qui un jour m'a vraiment disputée dans un manège avec des yeux progressivement de plus en plus attendris de comprendre qu'il se passait quelque chose de beau, qu'il était venu interrompre, et la voix policière dans ma tête qui me dit que voyons je ne devrais pas faire ça ou ça, que c'est inconnu, que ça ne se fait pas, que d'ailleurs j'ai du travail.. bref, que c'est interdit par la police de ma tête. Si je les secoue ensemble et que je leur demande ce qui se passe avant et après..
eh bien j'imagine qu'ils me répondent qu'avant, il est arrivé tout ce qu'il arrive aux gens qui deviennent rigides, donc une des mille façons de transformer un enfant tendre et étonné en personne rasée de près non par goût mais par peur.
Et après, eh bien j'aime bien l'imaginer, je crois que c'est le cas à chaque fois que je chante cette chanson, je le vois allongé dans son lit les yeux ouverts et brillants dans le noir, au bord de cette hésitation, comme s'il avait peur que même le fait de balancer un peu le fasse tomber. Je l'imagine avec cette émotion ressurgie, un peu douloureuse, l'envie de se retrouver à la place des pirates, d'être du côté de ceux qui se permettent les choses.. cette petite douleur surtout de voir qu'il y en a d'autres qui acceptent ce qui est imprévisible, tordu. C'est ça je crois qui est dérangeant, qui fait qu'on range vite ça dans la case de l'inacceptable, parce qu'on a peur de ce que ça peut ouvrir comme boîte, si on se met à considérer vraiment que peut-être c'est un peu joli.

Voilà ce que je m'y réponds, mais tu peux choisir d'y répondre ce que tu veux - la chanson elle t'appartient aussi, donc ton policier de la chanson.. eh bien il fait ce que tu imagines qu'il fait, avant et après !

Parlant de bêtises, en regardant en arrière, il y a-t-il des choses que vous regrettez avoir faites parce qu’elles se sont avérées avoir des conséquences regrettables et/ou imprévues?

Oui, terriblement. Cette légereté dont je parle, je la regarde aussi en partie du dehors. C'est pour ça que je suis les trois personnages à la fois, et aussi le manège entier finalement, et même la bouteille de vin ! J'aime bien célebrer l'exploration, l'idée qu'on cherche ses propres limites, que ce qu'on appelle "le terrain de jeu" est quand meme souvent bien plus large que ce qu'on nous a raconté. Si tu me poses la question à titre personnel, il me semble que cette exploration a été à la fois très importante, constitutrice et même salvatrice, et en même temps très risquée, parce que rien n'était pavé, qu'il n'y avait ni modèle ni panneaux de signalisation pendant longtemps parfois, alors ça m'est arrivée de faire des choses stupides. ça a été des leçons importantes, parfois, et d'autres fois juste des choses difficiles. Dans ces cas là, on se met soi-même un bon gros panneau de signalisation.

Un critique a dit à votre sujet que « Camille Hardouin n’a pas la prétention d’écrire pour représenter quelqu’un d’autre qu’elle-même ». Si c'est vrai, est-ce que les identités et les jeux de rôles — la Demoiselle Inconnue, les jeunes pirates du manège — sont pour vous un autre moyen de parler de vous-même?  

En tout cas je parle du monde depuis mon propre telescope ! Souvent j'aimerais pouvoir emprunter le regard de chaque créature vivante ,  et c'est ça aussi cette soif des propositions artistiques diverses d'ailleurs, c'est si fabuleux de pouvoir non seulement regarder quelque chose d'inconnu ou de nouveau ou d'imaginaire, qu'on nous offre, mais aussi de regarder cette chose par le regard de la personne qui l'offre. On voit et la chose et le regard! c'est fabuleux quand même !


Donc parler de mon expérience du monde, c'est plutôt pour dire un regard, oui, comme si je pouvais poser une question, est ce que pour vous aussi c'est ça? J'ai l'impression de visiter avec étonnement des zones émotionnelles du monde et d'essayer de les décrire le plus simplement possible. C'est une manière de montrer ou de tendre quelque chose à quelqu'un, comme un cadeau - tu as vu, ça? c'est étrange, ou, c'est beau, non? 
 
Quand aux figures qui apparaissent parfois dans mes histoires, comme la Bergère d'Oubli ou la Zombie, ou l'Etrange Petite Sirène, elles viennent incarner quelque chose, comme dans une performance où on vient dire quelque chose avec un geste, avec une situation. Elles viennent aussi parce qu'on a besoin d'elles je crois. La Bergère d'Oubli, avec ses bras qui viennent voler les cauchemars, j'avais très besoin qu'elle apparaisse en tout cas.

Pour les pirates de la chanson, eh bien ils sont faits de souvenirs, de mots, d'émotions.. Ils se sont incarnés à partir de tout ce qu'ils ont pu trouver pour fabriquer leur corps et leurs habits ! Je pense que les chansons, comme les rêves, viennent boire à plein d'endroits, et aussi qu'ils ont une part de mystère qui leur est propre et qui les rend si attachants.

Quand à mon nom, La Demoiselle inconnue, c'était celui qu'on m'avait donné un jour où j'étais montée sur scène sans me présenter. Un artiste que j'étais allée voir en concert avait invité quelqu'un du public, au hasard, à venir chanter une chanson, et j'avais sauté sur scène, et ce sont les articles qui parlaient du concert qui m'ont baptisée, la demoiselle inconnue. J'ai trouvé ça très beau et c'est comme ça que ça a commencé. Plus tard, c'est un peu comme un masque qui est tombé, ou plutôt comme un costume que j'ai enlevé. Avec à la fois un peu de tristesse et une envie de sincérité, de se montrer aussi vrai, vulnérable. C'est un nom que j'aimais beaucoup.

La poétesse américaine Louise Glück a affirmé que « la source de l’art est l’expérience, le produit fini est la vérité, et l’artiste, examinant le véritable, intervient constamment pour gérer, mentir et supprimer, toujours au service de la vérité ». Pensez-vous que c’est votre travail en tant qu’artiste de fabriquer de petits mensonges pour arriver à la vérité?

Tout d'abord, en tant qu'artiste, je fais justement très attention à bien contourner la notion de pensée, d'idées, et même de devoir, ou de travail . Je crois aussi que j'utilise assez rarement la notion de vérité, même si peut-être que ça revient au même, parce que souvent je préfère la notion de justesse. Qu'est ce qui est juste? C'est ça qui m'intéresse.

La vérité, ça m'apparait justement un peu.. scientifique, pas au sens curieux mais au sens froid, sûr de lui, du terme, comme lorsqu'on dit "la réalité", souvent pour parler seulement d'une part de la réalité, alors je me suis mise à être un peu allergique à ces mots, simplement parce que j'ai souvent l'impression que ce sont des mots qui viennent couper les possibles - pas que ce soit la faute des mots eux mêmes, les pauvres, qui se font lancer dans les possibles des gens.

Mais oui, bien-sûr, il y a une forme de traduction pour pouvoir dire le réel. Parfois parler d'une tempête, c'est la meilleure manière de parler d'une rencontre, par exemple. 

Laisser la chanson dire ce qu'elle dit, c'est aussi accepter qu'elle passe par des formes imprévisibles d'incarnation. Que ce soit des notes, des mots, des images, des détours dans l'histoire.. Il y a une très grande liberté, c'est aussi pour ça que c'est si intéressant de regarder une chanson naitre. En quelque sorte, je crois qu'elle ne se nourrit pas seulement de différents réels, ou de l'imaginaire, ou même des mensonges, mais qu'elle vient surtout les enrichir - les révéler, avec plus de facettes et de connexions que ce qu'on pouvait voir au départ. 


Merci infiniment de vous être intéressés aux Pirates, c'est une chanson si joyeuse, je l'aime beaucoup et j'espère qu'elle vous plait aussi. J'espère qu'un jour je viendrai la chanter à Toronto !!

Camille Hardouin

17 déc. 2017

Post Scriptum








est ce que vous avez écouté cette mixtape,
la merveilleuse mixtape du Festival permanent x La Souterraine?

elle s'ouvre et elle se ferme avec logique et surprise,
à l'intérieur il y a un virage très beau
comme une note qui glisse avec le violoncelle
ça devient plus grave
on tombe - on se laisse glisser

et surtout
à la fin
il y a un rappel
comme un post scriptum à la fin d'une lettre
c'est souvent ce que je préfère
ce qui dépasse
ce qui se rajoute

Voilà comment Gaspar Claus, qui a donc lancé le festival Permanent et les disques qui vont avec, présente ce morceau final
(il faut savoir qu'en plus d'être un violoncelliste absolument renversant,
Gaspar transforme régulièrement des idées exaltantes et à priori impossibles, en occasions fluides, faciles, extrêmement solaires, encore une fois, il n'y a plus qu'à se glisser dedans
un alchimiste avec les matériaux qui lui pleuvent directement dans les mains
il ne voit même pas comment il les révèle - ce n'est pas du charbon qui devient de l'or
c'est qu'on s'aperçoit qu'on était distraits- que c'était de l'or depuis le début

il faut par conséquent se pencher sur sa musique et sur tout ce qu'il entreprend
avec la soif des personnages de Jack London, celle des trésors et des aventures)

Voici donc comment Gaspar présente le final de ce disque :

" Et pour finir, un pianiste amoureux, perdu dans un village d’un pays très lointain, où trainait un vieux piano. Un ami qui préfère voyager plutôt que de jouer des concerts et enregistrer des disques alors qu’il est très grand musicien. Ce jour là il a posé un petit enregistreur de médiocre qualité à côté du piano… "

Une fois seulement avant ça, j'ai entendu jouer Romain Bertheau, sur un clavecin.

C'était exactement comme ça : poignant sans avoir besoin de rien prétendre, d'une beauté assez difficile à décrire parce que simple et virtuose à la fois, et surtout, parce c'était quelque chose de très insaisissable : un cadeau - quelque chose qu'on savait qu'on entendrait rarement - une beauté pas loin de la douleur, parce qu'il en avait fallu sans doute pas mal pour la produire, et parce qu'elle allait s'évaporer bientôt, parce qu'elle nous rappelait en même temps, ces deux choses salutaires et insupportables : que la beauté existait, que tout s'évaporait.



15 déc. 2017

LES PÂTES ALPHABET



hier nuit
il y avait une petite fille à la maison

on a mangé des pâtes alphabet
j'ai dit imagine tous les mots qu'on avale
imagine si on ne pouvait parler qu'avec les lettres qu'on a mangées
elle a dit imagine si on mange des gros mots

on a rigolé

elle dessinait une carte aux trésors avec tellement d'inscriptions
je pensais au moment où elle apprenait à lire et à écrire
elle faisait tous les E à l'envers
sans doute les pates alphabet avaient réparé ça

en ce moment je continue de ne pas savoir parler
je ne sais pas si ce n'est pas un temps à parler - trop froid pour se découvrir
ou si simplement je n'en ai pas l'habitude
surement j'ai plus de méfiance que ce que j'imagine
et la nuit comme la petite fille, et les autres somnambules
je plonge mon manteau dans l'eau et dans le fer
pour en faire une armure
on ne sait pas, on fait et on défait tellement de choses pendant la nuit

comme dans ma chanson, quand je veux parler, je vais vers le rivage
et j'envoie des bouteilles vides

c'est comme si le temps passait mais n'effaçait rien
l'inscription toujours là sur la plage, les vagues
effacent d'autres choses
changent les coquillages d'ordre.

elle m'avait amené une guitare pour l'accorder
elle m'a offert un médiator coupé dans du carton
je lui ai joué de la harpe et de la guitare pour s'endormir
et j'ai mis des livres autour d'elle pour la border

plus tard elle est revenue tirer sur ma manche
parce que le sommeil ne venait pas
j'ai posé la plume et fermé l'encrier
dit bonne nuit à mes personnages qui restent pourtant toujours les yeux ouverts

et je suis allée me coucher avec elle
je rigolais parce qu'elle dormait avec des mouvements incohérents
j'avais envie de me relever pour la dessiner avec le coude ou le genou en l'air
mais je m'endormais aussi

ce matin je l'ai amenée à l'école
chansons pour se réveiller pains au chocolat chaussettes de la veille et mandarine glissée dans les trésors de ses poches
mouchoirs, scoubidous, sachets de sucre volés sur les comptoirs où les adultes boivent du café

les militaires encadraient l'école avec leurs mitraillettes et l'air de protéger la France
et elle, qui me paraissait pourtant si petite, 
pendant que je m'inquiétais de la voir à côté des fusils chargés
 elle m'a demandé comment ils faisaient pour tenir leurs bonnets de travers

sonnerie - une vague d'enfants inconnus me l'a reprise
je suis rentrée en fredonnant et en soufflant dans mes mains

ce midi je mange des pâtes alphabet
avec l'impression tenace
que je peux mieux parler
que d'habitude

12 déc. 2017

Mixtape Festival Permanent x La Souterraine

BRÛLANTE NOUVELLE

c'est la sortie de la Mixtape Festival Permanent x La Souterraine


sur laquelle on retrouve Flavien Berger ( Gaspar Claus et Casper Clausen remix - INÉDIT/UNRELEASED)& Dosage / Ojard / Marc Melià / Musique Chienne / Losange / Behel Boson / Camille Hardouin / INÉS BACÁN, Pedro Soler & Gaspar Claus / Marion Cousin & Gaspar Claus, VACARME & Vojtech Havel & Beethoven! (via Romain Bertheau)

et une version inédite de "Terre d'Oubli" avec Gaspar Claus

jamais un morceau ne m'a autant échappé et pour ça sans doute c'est un de mes préférées

A mon humble avis c'est quelque chose qui s'écoute allongé par terre avec un casque
donc j'espère que vous avez de la moquette au bureau.

également j'aimerais dire à quel point je suis fière et émue d'être dans cette mixtape dont j'estime absolument toutes les facettes (et il y a entre autres Vojtech Havel qui a révolutionné ma vie musicale)

écoute gratuite et téléchargement à prix libre!

CLICLIC CLICLIC CLIC CLIC

27 nov. 2017

mercredi au Haillan

DIS DONC ON SE VOIT MERCREDI SOIR AU HAILLAN !!

On vient en trio
je m'échauffe déjà les chevilles
je dis à mes plantes de pieds qu'elles seront bientôt sur la scène
je demande à la musique comment elle se sent
elle s'étire elle se délasse
toutes les deux on pense aux tout petits espaces comme les oreilles et aux très grands espaces comme le silence


je finis de préparer les dernières pages de la bd
je pense à la joie et à la fatigue
je pense aux choses qui sont emmêlées
je lis des livres pour enfants qui parlent de rencontres et de choses qui naissent et de gens qui meurent et de douceur et de grandir
et j'imagine les petits dessins aux crayons de couleurs
grimper sur mon bureau
et me dire, comme à l'heroine qui est une petite souris charmante

patience
patience
 
en me voyant trépigner, pour tout à la fois
j'essaye d'apprendre
comment accueillir les choses que je ne connais pas encore

j'essaye d'apprendre à faire dans la vie comme dans les livres
une ligne et une page à la fois
dans la vie je voudrais courir et tout lire en même temps

j'ai écouté une émission de radio sur un poète devenu fou
qui écrivait des poèmes pardessus des papiers contenant dejà des poèmes
j'ai pensé aux dessins superposés de Francis Picabia
que j'avais aimés tout de suite
et au fait que j'aime peindre par dessus les écritures et l'odeur des vieux livres

qu'est ce que c'est la limite
je me demandais
la limite de l'exploration

ce soir je me suis abritée de la magie pourtant certaine au dehors
je sais que je suis dans un moment suspendu
je remue les lettres et les points de suspensions
dans mes poches comme des petits talismans

et je pense que mercredi je m'échappe
que je vais remettre le nez dehors
comme la petite souris du livre

je pense à ça
à la joie de retourner dévorer le monde et se laisser dévorer par lui
de rejoindre Louise et JL et les mots et la musique
de remettre mes pieds sur la scène
de chanter à pleins poumons
et de vous retrouver
mercredi
près de Bordeaux
Vous venez ?

17 nov. 2017

La Niouzléteur : C'est la teuf spatialo-temporelle


Mes petits abricots,

il parait que l'été a passé, et qu'il faudrait déjà que je vous appelle mes petites citrouilles, voire quasiment mes topinambours congelés;

mais de mon drôle de royaume, où toutes les saisons sont ensemble dans une chambre anti-gravité en train de jouer à docteur Maboule en buvant de la heineken, on peut facilement dire que c'est toujours quelque part la douce saison des abricots, avec leur peau de velours orange, leur intérieur comme un petit calin sucré, et leur manière de remettre le foie sans trembler et faire bipbip sur les bords.

D'abord, je dois te dire, ça fait bien longtemps que je ne t'ai pas envoyé de carte postale: j'étais occupée à faire une hibernation d'été, qui s'est prolongée en hibernation d'automne. J'ai donc creusé un petit terrier, je suis allée voir ce qui se passait sous la terre. J'avais quelque chose de très, très important à aller chercher là dessous :une histoire, une histoire qui était comme une colère, comme un fourire et comme un secret. Une histoire qui parlait des corps, de l'absurdité, de l'impertinence, et de l'envie de savoir qui on est. ça faisait des années que j'avais envie de raconter ça mais j'ai attendu d'être sûre de savoir respirer sous-terre. Maintenant ça va mieux, alors j'ai pris ma pelle, et j'ai commencé à creuser. Mon histoire s'appelle Rouge Zombie.


Je l'ai écrite il y a des années, je dis écrite alors que c'est des dessins, mais on m'avait appris à faire une espèce de canevas pour la bd, alors j'avais fait ça, avec des mots. Ensuite j'étais comme essoufflée, alors je me suis reposée, en attendant d'être prête. De temps en temps, j'essayais de la dessiner, l'histoire disait, non, pas prête. Alors je la remettais dans les tiroirs. Un jour, il y a un peu plus d'un an, j'ai parlé de cette petite Zombie Végétarienne, qui se retrouve embarquée dans le milieu de la mode, avec un oeil qui tombe, la cervelle à l'air, et un sens de la répartie aussi élastique que son nerf optique. L'amie à qui j'en parlais a dit FAIS VOIR. J'ai dit ARH C'EST PAS DESSINÉ. elle a dit ZUT. j'ai dit BOUGE PAS JTE FAIS LE PREMIER CHAPITRE. Elle est partie sur la pointe des pieds et j'ai commencé à tout dessiner, comme ça.
J'avais pas prévu que ce serait mon storyboard, ni que j'allais passer tout l'été au café à dessiner, fuyant tous les jours l'appartement très beau mais pas très lumineux, commandant n'importe quoi que j'oubliais de boire, appliquée sur mes feuilles pendant des heures, grimaçant comme mes personnages, et je me dis maintenant que les serveurs devaient bien rigoler à me voir oublier le monde entier et imiter-du-visage tout ce que je dessinais, par exemple un cerveau ou quelqu'un en colère ou quelqu'un qui tombe par terre d'ivresse ou qui hurle des trucs dans la nuit.

J'avais pas non plus totalement prévu que ça ferait deux cent pages.


C'était l'été dernier. Ensuite j'ai trouvé une éditrice franchement super, elle est venue me demander si j'avais envie de publier un livre pour enfants, je lui ai répondu OUI MAIS PAS TOUT DE SUITE JE DESSINE UNE BD LÀ , elle a dit fais voir, je lui ai fait voir, elle a tout lu sans pouvoir s'arrêter, elle m'a dit on y va j'ai dit youpi et on a décidé ensemble qu'il y avait "des petites retouches à faire" sur le dessin.

Quelques mois plus tard je m'y suis mise, sur du beau papier, je voulais refaire tout bien minutieux-traditionnel-des-traditions-inventées-dans-ma-tête-en-tout-cas, alors j'ai trouvé le papier parfait l'encre parfaite et deux plumes, je me suis dit VAS Y JE REFAIS TOUT, dès que j'ai une pause entre deux concerts, genre là, mi juin, ben paf, je m'y mets, je décalque tout, on en a pour quinze jours.
RIEZ ! ANGES DE LA TEMPORALITÉ QUI ONT REJOINT LES SAISONS DANS LA CHAMBRE ANTI-GRAVITÉ ET FONT MAINTENANT UN TWISTER ASTRAL EN BUVANT DE LA GRIMBERGEN!
j'y aurai finalement passé six mois - mais voilà !





Elle sort le 9 février en librairie, et si je t'en parle aujourd'hui, c'est parce que tu peux la lire DES MAINTENANT. Quoi? mais non! mais si ! mais non? mais si jte dis. Mais nooooon? mais euh si arrête- Ah d'accord.

Depuis Halloween, soit il y a quinze jours (ricanement des anges de la temporalité qui sont visiblement passés au concours de houlahop et aux coktails vodka-poire), depuis Halloween, donc, la zombie est sortie de terre, et tu peux dès maintenant lire une page de son histoire tous les jours de la semaine ! rendez vous sur le blog (cliclic) , ou sur la page facebook de Rouge Zombie (cliclic)




Ouiiii c'est vrai, on ne peut pas encore scruter touuus les petits traits, les petits détails des expressions et des mains et tout et tout comme on verra sur le livre, mais on peut quand même sautiller de joie d'effroi et de suspense en découvrant son aventure jour après jour, en attendant la sortie du livre, et de pouvoir se rouler dans du papier en laissant éclater un gros rire bien flippant. (enfin tu fais ce que tu veux pour fêter la sortie, mais moi je ferai probablement exactement ça)



Pour les personnes qui comme moi ont les chocottes rien qu'en disant le mot chocotte, par exemple (AH MON DIEU AH NON ça va) , je veux dire que ce n'est pas une histoire d'horreur, au sens traditionnel du terme. Ce n'est pas une histoire où des monstres inconnus vont surgir en criant bouh et en dévorant à pleines dents des pauvres gens en bavant. ça vient parler de notre monde à nous, des bizarreries de notre monde à nous. C'est plutôt tout doux et délicat, si on peut utiliser le mot délicat en parlant d'une bd où ça dégouline quand même de partout.
Et pour les personnes qui aiment avoir les chocottes, je crois qu'ils retrouveront des références et des clins d'oeils (qui tombent) appuyés aux vieux films pourraves où des trucs décomposés agonisent en criant cerveaaaaux cerveaaaaux.

J'espère que ça vous fera rire et trembler autant que moi.

  Comme je n'ai pas écrit depuis longtemps et qu'il se passe plein de choses, mais que j'ai bientôt usé le quota de mots qu'ils me restait dans la cuisine (les saisons et les anges de la temporalité, complètement bourrés, ont vidé le frigo et ont confondu mes reserves de mots et de chips) (j'imagine des dialogues tels que AH ÇA CROUSTILLE - OUI NORMAL C'EST LE MOT COQUILLAGE), bref, étant bientôt à bout du petit fil de mots sur lequel je marche pour venir jusque devant tes yeux avec une couronne de fleurs, un tshirt éléphant à coeurs, et des bras qui font COUCOU, je vais donc arrêter de tergiverser et de te décrire mes pyjamas mais plutôt te dire dans une sobriété exemplaire et contrastant avec l'état de plus en plus dégradé de mes invités ("ohhhhhh un dégradé" vient de dire l'été) (je te raconte même pas) (enfin si je te raconte) (qu'est ce que j'aime les parenthèses mon-seigneur-tout-puissant-de-la-ponctuation merci pour les parenthèses), te dire dans une sobriété exemplaire donc le reste des nouvelles de cette à peu près rentrée (les anges de la temporalité sont en train de vomir de rire en m'écoutant et viennent d'inviter à la teuf tous leurs potes de la brigade de la ponctualité et du calendrier de la poste) - j'espère que tu suis parce qu'attention les voilà, attention les voilà les autres nouvelles :

 (credit photo : Maya Mihindou)
depuis quelques semaines, tu peux entendre sur deux radios : Radio R d'Autan et Radio Pays d'Heraut, une drôle de bafouille, un truc de trois, quatre, cinq minutes, un truc d'amour et d'étonnement pour l'existence d'une chanson. ça s'appelle MILLE DE COEUR, c'est né parce qu'on m'avait demandé de répondre à une interview, appelée sept de coeur, où il fallait parler de sept chansons que j'aimais. J'ai dit oui mais après j'ai un peu débordé. Me voilà embrayant pour toute l'année et toutes les semaines, et tu peux donc m'entendre, tous les lundis, sur ces deux radios, parler d'une chanson que j'aime. J'essaye que ce soit un peu une surprise, parfois une chose douce, parfois une chose folle, parfois une chose connue, parfois un petit trésor trouvé dans un buisson dans un virage, en tout cas toujours, mais alors toujours, c'est servi dans l'assiette avec une histoire. Tu peux aussi retrouver ça sur ma page soundcloud, cliclic. ou sur le blog de René Pages, qui anime l'emission sept de coeur, cliclic. Et bien-sûr à la radio :
sur "R d'autan" le lundi à 8 h
et le mardi à 7h40 h et le vendredi à 8h50sur "Radio Pays Hérault"
si tu as une radio et que tu veux diffuser ça, aussi, écris moi!

 
(dessin : Mathilde Fournier)

et puis, cette semaine, je vais rejouer l'Etrange Petite Sirène. Un conte musical , un dessin animé triste et beau à la fois, une histoire essorée puis replongée dans l'eau, qui a bu tout l'océan, une histoire étrange, "la plus étrange que j'ai entendue dans toute ma vie". C'est le marin-conteur qui dit ça, celui que je deviens quand je mets ce pull à rayures et que je m'avance sur la scène. Tout le long de l'histoire, qui dure 25 minutes, il y a un film animé, de dessin, d'eau, d'encre et de papier. C'est Mathilde Fournier qui l'a dessiné et qui lui a donné vie. ça aussi, ça a été créé il y a longtemps, mais ça fait si peu de temps qu'elle ose se montrer, cette sirène. On m'a proposé de la jouer l'année dernière, j'ai dit oui, et on a plongé. La voilà à nouveau, ce samedi 18 Novembre, à Argelès Gazost, près de Lourdes. Tu viens ?
si tu es trop loin, tu peux regarder la bande annonce, ici.
et puis je vais essayer de sortir un petit dvd pour qu'on puisse le regarder à la maison.
(je te tiens au courant tu crois quoi tu crois que je te tiens pas au courant ou quoi tu rigoles ou quoi jte tiens au courant moi ben ouais ben ouais attends ouais bah ouais bah voila)

(credit photo : Paul Bramy)
LES PROCHAINS CONCERTS !

Pour les concerts, tu le sais, tu le sais ou pas, qu'il y a un nouveau concert en trio, que c'est flamboyant, avec une aile en forme de JEAN LAURENT CAYZAC à la contrebasse, aux guitares, aux pedales, et une aile en forme de LOUISE GOUPIL, au synthé, au moog, et à la clarinette. J'ai tellement hâte que tu voies ça !
parfois je passe aussi le nez dans des petits solos, mon adorée-guitare sous le bras et le silence comme piste de danse
(ouais c'est bon tout le monde a mangé mes mots comme des chips je me retrouve à dire des titres de popsong imaginaires comme si c'était une phrase normale. Le silence comme piste de danse c'est PAS MAL comme titre de single. Un jour je vous parlerai de tous mes groupes imaginaires. Mais PAS LÀ. là je vais vous annoncer les prochains concerts dans le monde à peu près réel plutôt hein.)

Ce mois ci, tu peux venir me voir :

- le 18 Novembre , à Argelès-Gazost, festival Champ d'Expression  - L'Etrange Petite Sirène (conte ciné-musical - durée 25 min)
- le 25 Novembre , à Narbonne, festival Kultur'Elles (concert en solo)
- le 29 Novembre, Le Haillan, Hall de l'Entrepôt (concert en trio)

 
Ouf ! Je crois que j'arrive au bout de cette farabulumineuse Niouzléteur de toutes les saisons, qui se sont d'ailleurs endormies, bien sagement avec les anges de la temporalité, les châtons du calendrier des postes enroulés sur les genoux, la brigade de la ponctualité ayant finalement vaincu tout le monde au concours de houlahop, contre toute attente, s'en remettant avec un bout gros dodo, le képi à l'envers et le pouce dans la bouche la plus proche.

Quand à moi, avant de retourner dessiner les dernières pages, j'enlève mes chaussures, j'éteins la lumière dans la chambre antigravité, et referme doucement la porte. J'espère de tout mon coeur que tu les aimeras, ces créatures que je te mets dans les pattes, la zombie, la sirène, et toutes ces chansons, posées devant ta porte comme un petit nourisson mignon dans un panier le jour de Noel. J'espère que tu vas les adopter (et pas les manger! non! non! pas manger le bébé! pose ce.. bon. bon. fais comme tu veux). Et je veux te dire que je sais pas trop quel jour on est depuis quelque temps mais que j'espère qu'on se croisera et que tu aimeras mes histoires, celles qui habitent dans les chansons, les concerts, les chroniques de la radio, ou la bd.

Un bisou couleur feuille d'automne,
c'est à dire toutes,

Camille - et je me demande est ce que ça fait trop sérieux de signer avec son nom de famille comme sur un document administratif mais en fait c'est juste mon nom de scène mon nom tout simple le premier nom qu'on m' a donnée quand je suis née et j'ai envie de signer avec et on pourrait dire que finalement c'est une lettre d'amour ces niouzléteurs alors ça donne envie de mettre son nom en entier comme dans un contrat de mariage ou une lettre d'amour officielle est ce qu'il y a des amours officiels est ce que les amours sont pas toujours à la fois secrets et écrits partout je sais pas et est ce que j'ai dit que j'aime aussi vraiment les tirets merci les dieux de la ponctuation pour les tirets - HARDOUIN