25 juin 2018

Le Cancre Rabelaisien


Il y a quelques mois, je trainais mes chaussettes jusqu'au lycée Rabelais de Saint Brieuc pour une journée de rencontres et un mini-concert.
J'ai reçu il y a quelques jours ce magazine épatant, réalisé par les lycéennes, qui contient une longue et chouette interview, et on m'a même demandé de recommander des livres, films, artistes visuels pour le dossier culture. Elles ont aussi décidé d'inclure un dossier sur le féminisme et le sexisme, même un passage sur le spécisme, et puis on y trouve plein d'autres choses, dont des chroniques , et une interview du super duo rock impressiono-déliro-complètement carré-que tu finis par être tout rond- Ropoporose.
quand je pense que j'ai mangé une crêpe salée ce midi qui n'était même pas une galette, je me sens carrément honteuse. Merci donc, Bretagne, pour ta gastronomie que j'ai pourtant bafouée sans scrupules, et pour tes lycées, visiblement farcis de personnes curieuses, attentives, et douées comme tout.
et Merci surtout, un merci multicolore, impressionné, à toutes les personnes qui ont rédigé ce fabuleux numéro.



  ça m'a posé plein de questions, ce magazine. Des choses qui m'ont tellement enthousiasmée, des choses que j'aurais formulées différemment, des trucs que j'ai trouvés super courageux, d'autres où je me demandais si j'étais d'accord. C'est toujours le cas quand on remet des choses en cause, quand on glisse un orteil ou un mille pattes dans le plat.
Quand le plat est pas bon, bien-sûr qu'il faut mettre des mille pattes dedans, je me suis dit. Bravo les rédactrices, pour ça.

Je suis tellement contente, qu'il se passe ça, dans un lycée, des articles sur le sexisme, sur le genre, sur l'antispécisme. Que ça vienne poser des questions, remuer, tant mieux, tant mieux.
Bisou à vous aussi qui aurez envie de plonger et de lire ce petit numéro, où je parle joyeusement du langage et de la musique comme d'une chose contagieuse, se frotter au langage des autres, attraper avec joie, volontairement, le rythme et le vocabulaire des autres, comme des petits parasites réjouissants.

J'y parle, entre autres, de Blaise Cendrars en faisant semblant que c'est lui qui m'a refilé cette honteuse maladie de faire des phrases interminables qui durent tout un chapitre, de Gaston Miron, en niant toute responsabilité pour mes métaphores amoureuses aquatiques, et de mon langage, petite bestiole indomptable à qui j'ai coupé la laisse il y a des années, et que je regarde courir en ayant brûlé le numéro du toiletteur, parce que je trouve les phrases bien plus belles quand elles courent n'importe où en jappant et en se roulant dans l'herbe, la langue pendante.

ici cliclic pour lire tout ça 

7 juin 2018

JE COMPRENDS LES OISEAUX

Je suis en train de tomber en amour
et c'est une chute tellement, tellement libre

3 juin 2018

MERCI CORNEBARRIEU !



pour la toute nouvelle salle de l'Aria c'était la première saison, et on venait en faire le tout dernier concert. Un honneur qu'on a fêté, outre le concert, à grands coups de tiramisu nuageux, de pasta entortillées, de soupe jaune d'or, de fromages répandus.

Toujours quand on joue une fois comme ça c'est comme si on avait pris de l'élan et qu'on voulait jouer mille fois ensuite, mais on rentre à la maison, avec dans les oreilles encore les échos des croassements au bord de la salle, des centaines de grenouilles invisibles,
et puis les applaudissements, les secrets de chaque chanson, les petites danses des pieds sur la scène, les histoires surgies de ma bouche qui traduisait tout comme si je parlais dans une langue étrangère, sans doute parce qu'en ce moment j'ai la tête tellement dans les nuages que j'ai l'impression d'avoir changé de planète, ou plutôt que la planète entière me parait avoir changé, ou plutôt que je la vois mieux, plus calmement et plus radieusement. C'était aussi un concert avec des virages surprises;



au deuxième rappel quelqu'un a demandé la Bergère d'Oubli
on ne l'avait pas jouée depuis si longtemps,
alors on a tout débranché, on s'est assis au bord de la scène
avec la clarinette toute nue, la voix toute nue, la guitare qui venait seulement de l'ampli au loin,
je racontais, la guitare de JL entre les bras,
Louise s'est élevée doucement à la clarinette
JL tordait et redéposait les mélodies dans la rivière de notes qui s'épaississait.
A la fin de la chanson, il est descendu de scène pour jouer sur sa guitare avec moi,
petites plaintes surgies, berceuses d'animaux sous marins entendues au loin
avec la clarinette qui chantait toujours
et la Bergère qui dépliait ses grandes jambes et sa complainte rassurante, dans la salle.

merci donc, Cornebarrieu, pour ces moments offerts,

merci Julia (pour l'invitation, l'accueil, et la photo!),merci Ben et Ben, merci Franck, Claude, et toute l'équipe de l'Aria

merci le public ému



on repart à Paris,
la langue brûlante du soleil encore inscrite sur nos peaux,
et dans les oreilles , tout ça , mêlé aux hurlements de désirs des grenouilles, orchestre de printemps, de bave, d'orgie animale cacophonique et cachée.

le prochain rendez-vous, c'est
la NUIT DES ENFANTS - Mardi 5 Juin , à la Menuiserie, à Pantin !
(une performance d'une demi heure , étrange et hypnotique et mignonne, par 22 enfants et moi.)

26 mai 2018

DANS LE VENTRE DU DRAGON !


Merci beaucoup les CM2B de l'école Guy Mocquet du Blanc Mesnil pour cette incroyable aventure d'hier
merci d'avoir mis la tête avec moi dans ce chaudron dont on ne savait pas encore ce qui allait en sortir
merci infini au Zebrock, à la Sacem et la Fabrique à Chansons d'avoir initié cette aventure avec confiance!
et merci à Karine, la fabuleuse maitresse des CM2B, qui a accepté de plonger avec moi, de tout son coeur, et qui a elle aussi accepté tous les tournants imprévus de ce voyage farfelu ! 

Dans l'histoire, elle se fait quand même dévorer par le dragon! 
 elle a continué son rôle de maitresse attentive, tout du long, même quand après avoir eu cette idée, les enfants ont entrepris de faire un vote pour décider si il fallait ou non aller la sauver, arguments pour et contre à l'appui. 
(dans la comédie musicale, c'est gracieusement devenu : "on hésite, on hésite / vite vite vite, vite vite vite/ sinon elle sera cuite / dissoute par les sucs gastriques")
ça a fini en la création de deux groupes, un groupe parti sauver la maitresse, en répondant à l'enigme du dragon, et un autre groupe créant un monde libre et sans devoirs, assez ahurissant de sagesse et de gentillesse et de responsabilité, et néanmoins dont la principale activité pour le moment est de faire la fête et manger du chocolat.

en tirant sur le petit bout de ficelle qu'on avait au départ (des enfants s'endorment dans la classe), est donc sortie cette espèce de comédie musicale en trois temps, qu'on a jouée hier après midi au DEUX PIECES CUISINE à blanc Mesnil, qui nous ont ouvert avec generosité les portes du lieu et de leur scène. 

c'était fou et bien et étrange d'être soudain sur scène en tant que musicienne pour 21 interprètes dont c'était la première fois.

il y a eu beaucoup de choses imprévues, et que je n'oublierai pas :
-les hurlements de joie des spectateurs, âgés pour la plupart de cinq à dix ans, entre chaque chanson
- avoir dédicacé 22 tshirt en guise d'au-revoir-c'était-bien-cette-aventure-ensemble, dont un sur le ventre tout rond de la maitresse enceinte (j'ai dessiné un bébé dragon endormi)
- la peur et l'excitation des enfants (exemple de discussion deux secondes avant d' entrer sur scène : "ohlala j'ai mal au ventre!" "j'ai oublié ce que je dois dire!" "j'ai peur!" "tu sais c'est normal d'avoir peur""AH BON??!")
- avoir pu porter un chapeau-dragon et chanter de tout mon coeur des paroles de dragon à la harpe (SI JAMAIS TU PERDS JE TE DEVORERAI TOI ET TA CLASSE TOUTE ENTIÈRE, DU PREMIER JUSQU'AU DERNIER, DES CHEVEUX JUSQU'AU DOIGTS DE PIED), d'une voix menaçante avec un petit rire sournois
- quand j'ai fait un mini-concert ensuite pour tous les enfants et qu'à chaque fois que je disais le mot "amour" ou "tomber amoureux" ils faisaient BEEEEEEUUUUURK !
- quand j'ai pensé à faire ma chanson pour les morts, que je me suis assise sur le bord de la scène et que j'ai demandé si c'était quelque chose qu'ils connaissaient, dans leur vie, si des gens qu'ils connaissaient, leurs grand parents peut-être, ou d'autres gens qu'ils aimaient, étaient morts. Un tiers des enfants a levé la main tristement. Au fond, des adultes aussi levaient la main humblement et ça m'a émue beaucoup. Ensuite ils ont tous murmuré les refrains avec moi comme si c'était une petite comptine.
- aussi, quand ils ont tous repris le refrain de ma chanson SABLES MOUVANTS parce qu'il était facile à retenir. Je savais pas trop quoi penser émotionnellement de tous ces enfants (beaucoup, beaucoup) assis par terre dans une salle de spectacle en train de chanter "j'aurais suivi n'importe qui, n'importe qui". ça renforçait la tristesse et le gachis dont on parle dans la chanson et c'était flippant et en même temps ultra-mignon. Un blougiboulga émotionnel de premier ordre. 

- enfin, tout le moment de la comédie musicale, qui a surgi vraiment A PARTIR des enfants, c'est à dire que tout mon travail a consisté à trouver comment les guider, comment les laisser décider, inventer, tricoter maille à mailler l'histoire et la manière de le raconter. C'était tellement enthousiasmant et épuisant et étonnant et enrichissant à la fois.

Je savais pas que dans ma vie j'allais co-inventer une comédie musicale avec des enfants mais j'en suis BIEN CONTENTE. 

ça a été filmé donc j'espère que je pourrais vous le montrer bientôt. et même si on a manqué d'un tout petit peu de temps pour la mise en scène , (il me semblait plus important de finir l'histoire et les chansons à leur rythme), j'ai quand même passé une partie de la nuit de la veille à me fabriquer un absurde et fantasque costume ridicool de dragon. Rien que pour ça, mais surtout pour tout le reste, merci, merci Karine et
les CM2B. En tant que musicienne, vous m'avez permis d'explorer plein de trucs. En tant que personne humaine, vous m'avez tellement tellement appris. Et en tant que dragon, c'était un plaisir d'exploser pour vous.



22 mai 2018

à propos du mot d'excuses


parfois
il faut expliquer au monde
pourquoi on ne peut plus répondre au téléphone
à cause du vertige, 


parce que dire ce vertige
ce n'est possible
que quand on est en plein milieu

il faut accrocher le carnet
avec les pages qui volent dans la tempête
et écrire cet ébahissement
pour s'en souvenir

ce mot d'excuses a un mois déjà
il n'est pas vraiment périssable

dehors c'est l'orage et le déluge
dedans
enroulé autour des os
cet ébahissement doux
saisissant

"cher monde, pour cause d'ébahissement amoureux, La Demoiselle inconnue-Camille Hardouin sera indisponible ces prochains jours..."

j'écrivais
pour dire que j'étais trop heureuse pour même réussir à parler
j'avais juste assez de souffle
pour rédiger un mot d'excuse sur un carnet de correspondance imaginaire
et le tendre au monde
avec un petit rire idiot

Mot d'excuses



Cher monde,

pour cause d'ébahissement amoureux, la Demoiselle inconnue-Camille Hardouin sera indisponible ces prochains jours.
étant hors du monde et en plein dans la source du monde à la fois
les activités habituelles telles que communiquer/ répondre au courrier/ respecter les horaires ou même regarder l'heure autrement que comme de drôles de chiffres sans pouls animal
sont actuellement fortement ralenties

merci de votre compréhension


il est actuellement impossible de s'approcher à un rythme normal de l'ordinateur, du téléphone, ou de la porte d'entrée. Manger est une surprise oubliée. Dormir est une surprise oubliée. Parler est tantôt un flot surgissant tantôt absolument impossible, les mots embourbés dans le fond du cerveau, les corps occupés par un printemps entier énorme et infini. La peur est devenue une chose minuscule et apprivoisée, qu'il suffit de sortir ou de cajoler lorsqu'elle grogne ou couine. La joie est l'équivalent de la lumière et de la nuit, couleur radieuse et profonde, habillant tout l'espace dans les visages et dans la maison, évidente, envahissante, naturelle, inévitable. 

Tout est occupé à se transformer
- que -si-je-jouais-aux-pokemons-je-ferai-une-comparaison-avec-prendre-tous-les-stades-ultimes-des-pokemon-mais-j'en-sais-rien-
je sais seulement que tout éclot bouge s'agrandit change de place d'une manière immense
avec une partie que je peux comprendre immédiatement et une autre, immense aussi, que je comprendrai dans des années peut-être

tout est englouti et ouvert
le temps les distances les anciennes nécessités

à bientôt le monde
dit-elle en replongeant
avec le sourire le plus grand et le plus lumineux de la terre
facile
puisqu'elle en avait collé deux ensemble
et que ces bestioles là se multiplient à la vitesse de l'éclair
ce sont des mathématiques faciles
avec deux sourires
un + un = Mille

je me souviens flouement que cette semaine c'était l'anniversaire de Mille Bouches
je l'ai fêté en les embrassant toutes

Camille

18 mai 2018

LE VOICI LE VOILA ! LE SCOPITONE D'IL M'PLAIT PAS !!!


En décembre dernier j'ai poussé un petit cri dans un TGV, parce que WAOU je venais de gagner un concours pour tourner un Scopitone,
c'est à dire un clip à l'ancienne et en playback avec la super équipe de SCOPITONE IS NOT DEAD.

J'ai choisi de faire un petit dej-catastrophe sur IL M'PLAIT PAS et c'est devenu assez logiquement un plan séquence où je me lave les dents avec du savon, et où je mords dans ma chaussure.

Je suis très contente parce que j'avais envie depuis longtemps de tourner quelque chose de ce genre sur cette chanson, parce que c'était super de tourner avec Scopitone's not dead, et aussi parce qu'en dépit du goût atroce du savon et de ma chaussure, on a vraiment beaucoup rigolé.

(et merci beaucoup à Bertrand Lamblot qui parrainait le concours et qui a donc donné le permis de vie à cette petite folie de toutes les couleurs)
 

7 mai 2018

SI QUELQU'UN M'AVAIT VUE



Si quelqu'un m'avait vue

si quelqu'un m'avait vue ce matin là

descendre les ruelles

juste après t'avoir embrassé

juste après me décoller de toi pour la première fois
après m'être collée à toi pour la première fois
la première nuit qui fut une évidence et un vertige

si quelqu'un m'avait vue
avec ma tête d'ahurie
souriant de toutes mes dents
toutes celles que la vie m'a donnée
et remerciant les dents que la vie m'a donnée
encore incrédule et radieuse de t'avoir mordu partout là où je pouvais
embrassé partout là où je pouvais
mangé léché goûté dévoré

si quelqu'un m'avait vue par la fenêtre
ouvrir la bouche et les yeux
écarquiller tout mon visage
en avançant dans la rue pour me perdre encore une fois
écarquiller mon visage puis sourire
puis reprendre cet étonnement de clown
et reprendre mon sourire d'immensité
des marées d'étonnement et de joie sur mon visage

et encore aujourd'hui à tous les mots et les gestes de toi dont je me souviens
c'est l'eau qui me reprend
je me souviens que je suis faite d'eau et je fonds et je gronde et je tempête et je surgis en éclatements joyeux
le plus grand rire de l'eau

mais si quelqu'un m'avait vue
revenir silencieuse et débordante
avec ces marées sur mon visage
je crois bien
qu'il serait tombé par la fenêtre

on ne peut pas voir quelque chose comme ça et rester en équilibre
je pense

alors il vaut mieux
que personne ne m'ait vue
rire d'un rire silencieux et crier OH muettement
avec mes gestes encore pleins de la forme de toi
marcher et rire et crier muettement d'étonnement
dans le monde qui venait de se transformer

27 avr. 2018

COLLODION HUMIDE

Parfois, il arrive tant d'histoires qu'on n'a pas le temps de tout raconter. Il faut trouver un équilibre entre jongler avec les mots et plonger toute sa tête dans la vie, sans la laisser filer à force de la dire au lieu de la vivre, même si je pense que dire, ça compte largement, comme chose à vivre. Parfois je laisse tout reposer, je me dis que les mots trouveront une place à un moment, les histoires trouveront des oreilles, je laisse les poèmes dans les tiroirs sans yeux pour les voir, en attendant que ce soit le bon moment, sans être sûre qu'il y en ait un. Je reprends mon souffle, c'est là qu'il arrive encore d'autres surprises, parfois des quantités de surprises, une pluie de surprise, ou même une surprise pile à la taille des mains pour la recevoir.

La fois que j'aimerais raconter maintenant, c'était ce moment du Mégaphone Tour, en Janvier, on entamait tout juste cette plongée ensemble, je ne savais pas encore à quel point ça allait être amusant épuisant et inspirant tout à la fois, je regardais encore GISÈLE PAPE et MASSY INC. comme des étrangers un peu zarbi et je me disais qu'ils devaient me trouver encore plus zarbi. J'étais arrivée là avec plus de fatigue que ce qu'un seul dos peut porter, et il me restait dix jours à faire comme ça avant de pouvoir trouver un semblant de nuit normale. J'avais posté les dernières retouches de la BD à mon éditrice juste avant de sauter dans le camion, et je me promenais la tête encore pleine de mes histoires de zombie, histoires qui me faisaient rigoler et frissonner tout à la fois, j'avais pris l'habitude de trainer seule dans ces drôles de souterrains imaginaires, et je sursautais encore vraiment dès que quelqu'un posait la main sur mon dos. Forcément, le passage de ça à douze jours en camion collés à cinq ou six tout le temps, ça m'a pris un petit temps d'adaptation.

Je ne savais pas encore que deux nuits plus tard, on tournerait un clip dans une piscine en hurlant une reprise en français des Pussycat Dolls , en se tordant de rire par terre, tels trois musiciens fous liés par un pacte invisible, avec leur crew indémontable de technicien.nes-accompagnateurices-régisheureux-camerawomanmen-organisateurices se transformant tels des power rangers en sautant d'un poste à l'autre, et qu'on allait passer douze jours à jouer partout, intervertissant les ordres de passages jusqu'à ce que les sets soient complètement mélangés les uns aux autres et qu'on s'invite partout. . Je savais pas tout ça, je savais juste que dans quelques heures c'était le premier concert de la tournée, que je venais de finir mes balances, et que j'avais été invitée par quelqu'un à faire des photos AU COLLODION HUMIDE.

Outre la poésie exubérante et aux consonances légèrement médicalodégueuflippantes de ce nom, ayant vu le talent du photographe et les résultats fabuleusement fantomatiques de cette technique antique de cowboy, j'avais dit un oui clignotant d'enthousiasme et c'est ainsi que je me retrouvais, quelques heures avant le concert, dans le laboratoire d'une maison fabriquée dans un DEMI HOTEL, avec des DEMI ESCALIERS, des chambres sortant de couloirs qui sortaient de placards qui sortaient de portes en trompe l'oeil, un bébé tout frais tout neuf accroché à sa mère souriante aperçue une demi seconde parce qu'on était pressés comme des petits citrons dans le métro,et à qui j'avais dit un bonjour fatigué-mais-enthousiaste et qui m'avait répondu un bonjour fatigué-mais-enthousiaste aussi, pour des raisons évidemment bien différentes.

Le photographe s'appelait Bonze, était sympa de ouf, et j'étais maintenant sur une chaise, essayant de ne pas bouger d'un cil pendant les quarante secondes d'immobilité que demandait la pose.
Je me souviens en réalité de tout le moment comme s'il était immobile, une parenthèse très calme, malgré le fait que les retards de la journée nous amenaient à avoir très peu de temps, et que c'est une technique qui demande de la lenteur, et de nombreux essais.

Un moment à parler, à décider d'une pose : j'avais choisi bien en face, le regard fixe, quarante secondes d'immobilité donc, puis j'avais pu regarder les gestes si étranges, si précis, pour développer la photo. Ce qui était merveilleux, m'expliquait Bonze, c'est la quantité de hasard qui intervenait dans le processus. Il fallait des gestes très précis, mais à chaque étape, un quart de demi seconde de plus ou de moins sous la lumière ou le produit pouvaient tout changer - faire qu'un oeil se révèle puis s'efface, qu'une zone se tache d'ombre.

Je me souviens d'une chambre noire qui était rouge, de vieux flacons, de plaques sur lesquelles on passe du produit, et que Bonze m'expliquait patiemment chaque geste, chaque technique. C'était une seule plaque, donc un seul essai à la fois. J'aimais comme la technique rendait tout organique, comme c'était un moment capturé, autant pour la personne prise en photo que pour celle qui la développait.

C'est comme ça qu'est apparue la première photo. Mon visage de face, encore un peu effrayée, fatiguée, on dirait un renard pris dans les flash, qui fait semblant d'être calme, qui va s'enfuir dans un instant.





J'avais un peu mieux compris le jeu, alors je pouvais mieux plonger maintenant, mais il ne restait presque pas de temps. on a quand même décidé de se risquer à en faire une deuxième.
Je me suis calée de dos, sur la chaise. Le regard qui venait surgir par dessus l'épaule.
pas le temps de réfléchir, l'appareil qui faisait des siennes, le temps qui se réduisait, mais à chaque péripétie on se disait, avançons, on verra bien.

Il y a ce moment magique où on voit l'image apparaitre. tout est déjà fait, on tient la plaque dans les mains et on voit lentement le résultat de tous les gestes, de ce mélange de précision et de hasard.

lentement, lentement, est apparue cette photo que j'adore -
le dos d'abord, puis on a distingué les cheveux
on se demandait si on aurait quelque chose comme un regard

et puis au dernier moment, l'oeil est apparu
et j'ai poussé des cris de joie
devant la photo qui me dessine comme une gravure ancienne
avec ce regard qui voudrait dévorer le monde,
qui voudrait se cacher et tout montrer en même temps

je suis repartie tellement reconnaissante,
arrivée juste à temps pour le concert du soir

et avec ce souvenir
où ma fierté était réapparue en même temps que l'image

merci
merci
merci
Bonze

25 avr. 2018

"J'Veux Pas" sur France Culture


Trop heureuse d'entendre ma chanson, surtout celle ci , sur France Culture, au milieu des mots si justes de Wajdi Mouwad, dont le travail me bouleverse profondément

Merci Marie Richeux !

je vous mets ici le lien pour écouter l'émission: cliclic
et pars tournoyer de bonheur dans les rues pavées sous la pluie

23 avr. 2018

IL PLEUT DES CORDES


 J'étais en vadrouille à Rouen, il y a quelques jours, lorsque je croise quelqu'un qui me reconnait.
"qu'est ce que tu fais dans le coin?" me demande t il.
"Je cherche une culotte à paillettes", réponds-je, emplie de l'importance de ma mission.
C'était pour le spectacle du soir, et je me réjouissais des chemins mystérieux que la création nous fait parfois prendre.

Chemin faisant, nous devisâmes.
La personne croisée s'appelait Thomas, était luthier, m'avait vue deux fois en concert, répondit "en larmes, au premier rang" lorsque je lui demandais où, et m'invita à passer dans la boutique où il finissait son stage, si j'avais un peu de temps libre pendant mon séjour. Tandis que je zyeutais les vitrines alentours pour repérer d'éventuelles options fessières scintillantes, la discussion et la promenade avançaient, et ayant l'esprit curieux, il m'accompagna jusqu'au théâtre, où il assista à la performance du soir, fut décontenancé par la quantité de boudin et de sauce tomate employée par Rebecca et Elisa, les fantastiques performeuses qui m'avaient invitée à hanter le plateau (et m'avaient confiée la fameuse mission-culotte), mais renouvela néanmoins son invitation à passer voir les instruments et la boutique qu'il occupait. 

 crédit photo : Sonia / Circ&Zaar

Je ne promettais rien, ayant pris l'habitude ces derniers mois d'avoir environ zéro pour cent de temps libre, mais le troisième après midi, juste avant la dernière performance, je m'aperçus que j'étais à deux cent mètres de la boutique en question, et que j'avais les mains dans les poches pour encore une heure ou deux avant le spectacle du soir.
j'ai donc zigzagué entre les vieux immeubles à colombages, et me suis retrouvée le nez devant une vitrine remplie d'instruments qui chuchotaient tous une quantité astronomique d'histoires. J'ai poussé la porte et agrandi mon sourire.

Dedans, c'était pire. Guitares de toutes sortes, de toutes formes, vieux bois, construction de Weissenborn sur des étuis à violon, ukulélé, harmonium, orgue Bontempi, et même un petit charengo-tatou, ( comme celui que j'avais récupéré en morceaux sur une brocante, fait réparer, et que je jouais avec un mélange d'envie de protection, d'impression de force offerte, et de froncements de sourcils, parce que c'était fabriqué avec un animal, c'était un petit instrument à oreilles. Malgré ce mélange de sentiments, j'avais été vraiment triste, quand il avait disparu un soir il y a quelques années. ) et puis guitares électriques tordues et rutilantes, carapaces de harpes étranges, vieilles partitions.

J'ai poussé des exclamations extasiées en guise de bonjour pendant trois bonnes minutes, en courant dans tous les coins, et puis Thomas et Baptiste, le luthier attitré d' "Il pleut des Cordes" , ce petit paradis rempli de trésors, abandonnant probablement tout espoir d'une interaction humaine habituelle, m'ont laissée attraper et essayer ce que je voulais. Je pouvais difficilement parler parce que j'étais trop enthousiaste, ça faisait des embouteillages de bonheur dans ma tête. Je parlais avec les doigts: j'essayais des instruments, je chantais des morceaux de choses qui me venaient en tête, jusqu'à ce que la petite fontaine de mots et de notes se calme, alors je m'arrêtais, je disais OHLALA , et je tournais la tête pour voir un autre trésor.

j'ai demandé si je pouvais avoir une photo en souvenir, j'avais les mains toutes roses d'avoir changé de couleur le matin même, une robe blanche trouvée le matin même et reperdue depuis (PEZENAS ET LE PRINTIVAL RENDEZ MOI MA ROBE !!! JE SUIS TELLEMENT TRISTE!! C'EST MA ROBE POUR LA SCÈNE!!! ENCORE UNE CHOSE ADORÉE PERDUE, OÙ EST MON PUIT DES CHOSES PERDUES??), et de voir comme ça le bois et les cordes autour de mes dentelles, le hasard qui m'avait attrapée pour m'amener là, les chansons qui venaient toutes seules, je voulais garder une image de ce moment.
"Ben, le mieux ce serait faire une vidéo", a dit Thomas.

Il est allée chercher la voisine, Sonia, qui se trouvait faire des images complètement chouettes et était disponible et HOP on a tourné quatre ou cinq morceaux acoustiques.

Dans la foulée je suis tombée en amour scotché total pour une guitare électrique rouge. Elle appartient à Baptiste, le luthier, qui ne veut pas s'en séparer, et je comprends de tout mon coeur, en même temps que j'ai envie de faire des gestes dramatiques tels que pleurer la nuit dans mes draps en poussant de longs soupirs, comme la groupie du pianiste qui serait la groupie de la guitare électrique, AH GUITARE ROUGE DE MES RÊVES POURQUOI, bouh, etc, etc, dirais-je en promenant mon âme en peine dans de longues errances avec un voile noir sur mes yeux tristes et mes mains blèmes de ne pas la tenir serrée contre moi à chaque concert. Mais tout de même j'ai pu voler avec elle un moment de joie et d'amour tressaillante (le micro, ému, sursautait à chaque instant) en hurlant une chanson de coeur brisé, avec ma voix encore cassée de l'extinction des jours précédents. Une chanson, je ne le savais pas encore, qui allait préfigurer la suite de la rencontre avec cette guitare, donc. BROKEN HEART BROKEN HEART, YOU TOOK THE SPACE THAT SHE LEFT, WHEN I WENT AWAY FROM HER DARK EYES AND HER SPELLS, une chanson inventée l'année dernière et qu'on pourrait traduire par COEUR BRISÉ COEUR BRISÉ, TU AS PRIS LA PLACE QUI ÉTAIT LA SIENNE, QUAND JE ME SUIS ÉLOIGNÉE DE SES YEUX SOMBRES ET DE SES SORTS, AINSI QUE DE SA PEINTURE ROUGE RUTILANTE ET DE SES ORNEMENTS D'ÉCLAIRS AINSI QUE DE SES MICROS ROUILLÉS MERVEILLEUX ET DE SES CORDES AU SON ECLATANT ET GRESILLANT A LA FOIS BOUHOHUHOUHOUHOU.

tout ça pour dire que des petites sessions acoustiques de ce moment de hasard et de joie sont actuellement en préparation, dans les mains de Sonia qui a eu la gentillesse de plonger avec nous dans ces sessions improvisées. Que je vous fait circuler ça bientôt.

et qu'avant de repartir dans Rouen qui m'avalait pour la dernière performance du soir, comme Thomas demandait une photo souvenir, j'ai fait semblant de vouloir réparer moi-même les guitares qui patientaient, confiantes, (les pauvres) sur l'établi, et Sonia a pris les photos, clac-clac.

Merci Sonia, Baptiste, Thomas, Il Pleut des Cordes, merci le hasard, les guitares merveilleuses qu'on tient entre ses bras et qu'on voudrait revoir,
merci les culottes à paillettes oubliées qui finalement sont à l'origine de tout ce petit bazar joyeux,
tous ces ingrédients sont dans les vidéos, (sauf la culotte à paillettes)

je me réjouis moi aussi complètement de les voir bientôt, et surtout de les partager avec vous.

Un bisou dégoulinant sur vos têtes

Camille

 crédit photo : Sonia / Circ&Zaar

18 avr. 2018

LA FÊTE A BARBARA



Il est huit heures du matin
on a passé la nuit à conduire
j'ai jamais trouvé les autoroutes aussi belles
pink floyd dans l'autoradio
le vide et les lumières partout
l'impression tenace d'être dans un monde de science fiction, toutes seules, au milieu de la nuit
Sarah au volant. On se racontait nos vies
elle conduisait. Le soleil se levait. On avait tellement d'heures de route à faire, on s'en foutait
on s'arrêtait sur les aires d'autoroute. On s'endormait et on se reveillait en même temps. On prenait des soupes à la tomate, puis des pains au chocolat.

C'était comme une aventure, cette nuit blanche ensemble sur les autoroutes vides,
à se parler d'amour, des vaches dans le brouillard, de tout.

Hier soir, enfin, il y a quelques heures, avant de partir,
C'était la Fête à Barbara.

La Fête pour Barbara Weldens, qui est morte il y a quelques mois maintenant,
et que je ne connaissais pas. Il y avait avec nous des gens qui la connaissaient si intimement,
mêler leur musique ensemble, leurs vies, les projets, les fous rires, les coulisses,
et le reste, que je ne sais pas.

Hier soir, donc, au Printival, c'était la Fête à Barbara.
Je ne vais pas bien savoir comment raconter ça.
Maya a dit : c'est comme rencontrer quelqu'un par la place qu'il a laissé dans le monde.

Et c'était ça.

L'amour qui circulait là, dans les coulisses, dans la préparation,
l'attention et la fantaisie,
ce qui tenait les gens ensemble,
ce qui les faisait faire des numéros de clown virtuoses,
des claquettes maladroites,
ce qui faisait glisser la voix de chant lyrique et incantations rauques, en petits murmures,
sur des mots qui n'étaient pas les notres.
Ce qui tissait un tapis de musique, de mots, de verres de vins versés en équilibres, ce clown et ces musiciens mélangés, comme si on voulait faire une fête à quelqu'un qui n'était pas là. Pas vraiment, autrement, je ne sais pas, je ne sais pas comment dire ça.
ce qui voulait donner quelque chose, à tous ceux qui étaient dans le public,
ce théâtre rempli, dégoulinant de gens, le superbe petit théâtre de Pezenas, avec ses fauteuils rouges, sa scène ronde en bois, ses balcons.
Combien la connaissaient de près là dedans. Combien l'aimaient; combien aimaient ses chansons et la connaissaient aussi alors.

C'est comme rencontrer quelqu'un par la place qu'il a laissé dans le monde.
Maya me disait ça pleine de peinture, de mes yeux ça a été ça la fête à Barbara, les mains peintes en bleu de Maya, ses pieds peints en blanc, ses yeux brillants, et ce qu'elle avait dit sur Barbara. c'etait vrai : c'était ce qu'elle avait laissé dans le monde, qui faisait tenir tous ces gens ensemble, tous ces gens mis ensemble par elle, par l'absence d'elle, par le manque d'elle et par ce qu'elle avait donné, qui suffisait même en son absence, à nous faire nous réunir, nous sourire fébrilement, éclater de rire en coulisses en regardant le numéro de clown-trompettiste faire le striptease involontaire le plus drôle de l'histoire des striptease involontaires, attraper une jambe en plastique et hurler dedans, s'applaudir et s'encourager, se tenir là dans les coulisses pour tout voir, en toussant à cause de la machine à fumée, se prendre dans les bras avant de commencer, et puis faire nos numéros, chansons à elle, le plus souvent, brodés d'autres choses, comme des fils de couleurs qu'on aurait jetés là aussi, pour que ce soit plus juste, pour que ça lui ressemble. En quelque sorte, pour que ça lui plaise.

Comme faire une fête à quelqu'un qui n'était pas là. Comme la rencontrer par la place qu'elle avait laissé dans le monde.

Ecouter les gens parler d'elle. Parler avec les mêmes mots, la générosité, la fantaisie, le débordement, la grâce, l'envie, la rage, la facilité.
Pleurer franchement ou s'éclaircir la voix avec pudeur.
"C'est une drôle de chose, quand même." "On peut pas s'habituer."" Il y a des deuils, on ne peut pas s'en remettre. "
J'écoutais tout ça. Qu'est ce qu'on pouvait dire. Etre à côté de ça.

Je voudrais tout raconter. Toutes les chansons , ses mots dits par d'autres bouches, toute la préparation, pas comme préparer un autre concert, à la fois ça oui, mais aussi autre chose. Faire quelque chose pour elle, pour l'amour d'elle , dans les gens, les gens qui seraient venus voir peut-être.
Et puis faire quelque chose par ce qu'on avait appris d'elle, guidés par ce qu'elle avait laissé, donné, comment dire ça, inspiré par elle, comme oui, par ce qu'on avait appris d'elle, et partir sur ce chemin là nous-même, la fantaisie alors, et les mots forts, allons-y, allons-y, on ne sait pas faire du cirque nous, mais on peut donner l'impression, on va mélanger tout ce qu'on sait faire.

Ce qui s'est passé sur scène, ça a été filmé, on pourra revoir je crois les images.

J'ai tout vu moi des coulisses en toussotant par dessus la machine à fumée, à l'envers, de dos, à moitié, les musiciens et les performeurs cachés par le rideaux, qui surgissaient et disparaissaient.

A mon tour, je suis venue sur scène, plus tremblante que jamais, à cause du nouvel instrument et à cause de la situation. Maya me peignait le corps doucement, j'avais mis la plus belle combinaison jaune d'or, elle peignait mes pieds, mes jambes, mes fesses, mon cou, doucement, avec les mains, et moi je chantais, je ne veux pas de ton amour, je t'aime aussi, je ne veux pas de ton amour, je ne veux pas que tu me vois sans m'admirer, je ne veux pas par habitude t'effleurer sans te désirer.
Je regardais Maya, ma combinaison devenait blanche et bleue, ma peau aussi, mes mains sur la harpe tremblaient tellement. je ne veux pas de ton amour, tu n'es la femme de personne, je te veux libre pour toujours, je ne veux pas, je ne veux pas de ton amour.

Plus tard je suis revenue, la combinaison toute peinte, chanter terre d'oubli au bord de la scène. On était ensemble tout le temps hier même quand ça se voyait pas. Tout le monde chantait doucement, c'etait la fin du concert, on avait dit tous les mots mais pas l'absence, et cette chanson là vient dire doucement l'absence, qui est une chose vraie, ça dit la douleur, alors parfois, ça la réveille et ça la calme en même temps, calmer c'est pas le mot, mais dire les choses, dire qu'elles existent, ça met la douleur à un endroit juste, même terrible, ça devient la douleur qui est là, par une autre, celle de pas pouvoir la dire. Je sais pas si ça se comprend, ce que je raconte, je sais pas si c'est vrai pour cette fois là.
On a tous chanté encore ensuite, les ogres avaient pris Je Chante, la chanson de l'aurore, la chanson de dire je suis là maintenant et voilà ma place, moi je ne chantais plus parce qu'après Terre d'Oubli je ne peux rien dire, je regardais tout le monde.

On a salué maladroitement, on ne savait comme pas vraiment faire; c'est parce qu'on était pas venus parader, pas venus se faire applaudir. On était venus faire une fête à quelqu'un qui n'était pas là, on était venus faire une fête parce que quelqu'un avait vécu si fortement que l'empreinte laissée avait réuni tous ces gens, dans ce théâtre, pour faire une chose de musique et de couleurs, de clowneries poétiques et à pleurer de rire, une chose d'amour et d'absence.

C'était la fête à Barbara, et voir ça, l'empreinte d'elle dans le monde, c'était comme la connaitre, comme pouvoir toucher avec les mains les contours d'elle, où elle avait été.

4 avr. 2018

EPOUVANTAIL


Dans ma rue il y a un concours d'épouvantails
j'ai envie de me présenter

je veux dire, pas de participer
de me présenter, en tant qu'épouvantail

ils disent qu'il fournissent la structure en bois
ils disent qu'il y a des prix :
meilleur épouvantail
meilleur épouvantail fait pas les enfants
meilleur épouvantail élu par les oiseaux

je pense que je suis le pire épouvantail
le pire épouvantail de tous les épouvantails
je m'épouvante moi-même, certains jours
je peux faire s'envoler tous les oiseaux de ma tête

j'ai des espoirs en paille
qui flambent et qui s'envolent
et je suis faite que de ça, d'espoir
des muscles en paille, en espoirs de pailles
des os en paille
si j'étais une vache ou un âne je me mangerais
en regardant l'univers de mes grands yeux aux longs cils
en me demandant pourquoi les hommes peuvent bien vouloir me rôtir en broche

mais je ne suis pas une vache, je suis un épouvantail
je vais aller réclamer une structure en bois, pour m'appuyer dessus
je vais m'élire moi-même avec une couronne de papier mâché
du papier remâché j'en ai plein
toutes les lettres de refus
toutes les lettres d'amoureux qui disaient des mensonges
toutes les lettres que je m'écrivais quand j'étais petite et que je cachais dans la boîte aux lettres pour faire semblant d'en recevoir
je passais mille fois plus de temps à faire ça
qu'à essayer de me faire des amis

c'est parfaitement stupide
et pourtant
ça me parait toujours logique
dans mon coeur d'épouvantail

maintenant tout le monde m'écrit pour me demander des choses,
de faire des choses, de dire des choses, de résoudre des choses, de donner des choses
je voudrais creuser un terrier dans un endroit sans boîte aux lettres
je voudrais être tranquille et mâcher mon petit papier
toutes les lettres de l'alphabet noires de salives
morceaux de mots là sur ma langue
pour pouvoir m'en resservir

pour pouvoir faire illusion
et faire croire aux autres
avec mon chapeau, ma chemise,
mon pantalon déchiré, mes jambes de bois
avec mes yeux dessinés au pinceau
et ma peau qui s'envole
au fur et à mesure qu'on la regarde
puisque je parle
puisque j'ai une couronne
que je ne suis pas
pas vraiment
un épouvantail

31 mars 2018

MERCI BREHAL !!




Merci pour la jetée au milieu de la mer, pour la pleine lune, pour le repas végétarien cuisiné toute la journée, pour les petits canards en plastiques sur la tarte aux pommes, pour la salle montée exprès d'un bout à l'autre, pour Adelys en première partie, pour le grand silence dans la salle, pour la joie débordante de retrouver Louise et JL et de se jeter ensemble à nouveau là-dedans, merci pour la version improvisée du Partisan, pour les compotes à la fraise du petit dej, pour les chants de toute la salle sur Terre d'Oubli, qui s'élevaient au fur et à mesure que je grimpais les marches des gradins, les bruits de clefs, la guitare dans l'ampli, les fleurs trouvées près de la plage et accrochées dans mes cheveux , s'y fondant dans la même couleur, merci pour le Géant qui déployait ses grands bras et son sourire lumineux, pour Tibô qui comprenait mes indications sonores avec les yeux quand je n'avais plus de mains pour les dire, merci d'avoir reçu ces deux heures déroulées, traversée de chansons sans cesse recousues ensemble, chose qui se réveille et qui renait quand on souffle dessus, quand on entre à l'intérieur, merci de nous avoir accueillis avec toutes ces histoires, toutes ces créatures qui habitent dedans, tout ce paysage déroulé, changeant, traversé, encore une fois.

VOILA MERCI BREHAL DE CET ACCUEIL FOUFOU ET AH OUI DÉSOLÉE D'AVOIR DIT QUE TU ETAIS EN BRETAGNE ALORS QUE TU ES NORMANDE, j'ai eu de la chance qu'on ne me lance aucune compote suite à cette bévue, c'est vrai qu'en y reflechissant j'ai vu de nombreuses vaches normandes, mangé de la tarte aux pommes normande, et que Louise a du demander s'il y avait pas du beurre salé par hasard. Moi, j'avais lavé ma géographie dans l'idée de courir vers la mer, et c'est d'ailleurs aussi un des souvenirs que je vais garder de toi, Brehal, à cause de mon goût des horizons et de de l'air et du bruit de l'eau, à cause du sable encore dans mes chaussures, je vais garder les visages, les rencontres, le silence, les émotions de chaque phrase chantée et de chaque note entendue, mais aussi le souvenir de tes vagues lourdes et joueuses, on se remplissait les poumons comme pour crier mais tout ce qu'on faisait c'était se taire, en regardant les vagues se dérouler vers nous l'une après l'autre, et qui nous faisaient reculer en riant, parce qu'elles venaient chercher à nous mordre les pieds, comme un petit chiot.

15 mars 2018

Merci Chant'Appart !!

Merci Chant'appart pour ces trois concerts toujours aussi étonnants de détours, de rencontres, de petites acrobaties qui retombent exactement là où il faut.

On déplace la scène, on décide qu'elle est dans la maison. On amène les gens, les fauteuils, la technique, et le plateau, entre la soupe et les peintures du salon. c'est là qu'on monte le fil, c'est là dessus qu'on fait des acrobaties, comme en plein jour. D'un soir sur l'autre, avec de nouveaux compagnons de jeux, un nouveau décor.

credit photo : Allain Huchet



On dirait comme ça un voyage seulement domestique, pourtant, en trois jours, j'ai rencontré David Sire, qui a parlé d'un pays où le vent décide bienheureusement du nom des gens, et Cerf Badin, nouveau gourou des trémolos, et recroisé la route de Clément Bertrand, qui comme toujours a pris la direction pleine mer , et avec lui recroisé aussi Nolan, qui décidément porte des histoires étonnantes et frétillait ce jour là de partir le lendemain a la pêche à la truite;

 j'ai aussi sympathisé avec un Lama nommé Tekka, mangé énormément de verrines à la betterave, de pommes de terre grillées, de petits gateaux aux pommes, retrouvé Dimitri qui m'avait déjà sonorisée sur un des Chant'appart et connaissait bien les particularités de ma guitare adorée, rencontré Olivier qui me regardait tracer des traits dans les airs pour expliquer ce que je voulais, et a quand même tout compris, et n'a pas bronché quand on lui a annoncé un duo de dernière minute, et Simon, qui s'est décarcassé pour que je trouve mes marques sonores,
et puis j'ai retrouvé Marguerite, Allain, Laurence, Christian, Françette, et tant de visages familiers de l'asso Chants Sons, et puis j'ai été accueillie par Agathe et François, qui me bourraient les poches de petits gateaux vegan faits exprès pour moi, me laissaient attacher des ficelles à leurs lampes, avaient une fontaine de vin sans soutien gorge, et me demandaient si Vegan ça voulait dire même pas de beurre dans les mogettes?
et puis le deuxième soir c'était Stéphane et Christine, et Elise, aux petits soins, un buffet comme pas permis, toute une ménagerie à rencontrer, une scène construite spécialement pour l'occasion, et puis le lendemain dans la voiture les histoires de Stéphane, trains d'Amérique du Sud, aventures à travers les périodes et les jungles, et l'histoire de cette ferme, les histoires de vies, de voyages, enfin le dimanche, les filles du Pont qui s'étaient mises en quatre bien qu'elles soient déjà huit, pour que tout soit prêt, pour que l'après midi soit comme un soir, comme au milieu de la nuit.



credit photo : Christian Gervais 

 On a fait ce duo donc, avec Clément Bertrand, la guitare de Nolan avec nous aussi, sur le Partisan de Cohen, une version un peu bricolée, dans laquelle j'ai rajouté des tiroirs et des tiroirs, qui s'ouvrent à toutes les voix rencontrées. J'étais contente de la jouer et j'étais contente qu'ils disent oui, tous les deux, à venir partager la chanson. J'ai aimé ce moment.
Après ça comme la boîte du coin était fermée, on est rentrés chez Monique, dormir quelques heures, tous les trois dans la chambre comme des ados en colonie de vacances, les histoires de truites et d'école et de bouquins qu'on se racontait, et le bisou de Monique pour nous dire bonne nuit comme des gamins qu'on était redevenus, la brioche décidément présente dans toutes les maisons vendéennes au lever du soleil, comme un talisman mangeable, les poèmes échappés et remis dans ma poche inextrémis, que je récitais entre deux bouchées de brioche, pour expliquer pourquoi je les gardais comme ça toujours dans mes manteaux, regarde tu te réveilles et la première chose que tu lis le matin c'est ça : " je fais naître en toi les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais, et le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge", c'est fou ce poème là, regarde la lumière que ça fait venir, je disais à Monique en gloussant et en reprenant des pruneaux, et puis les confidences encore dans la voiture, et puis le départ vers Paris.


 credit photo : Allain Huchet
 crédit photo : Stéphane David

 Ce week end, le 18 et 19 Mars, je rempile pour deux dates, aux Herbiers et à Landevieille.

Merci merci à tous ceux qui ont accueillis ces petites sorcelleries déployées dans le salon, et à ceux qui sont venus les recevoir.

 J'ai pris quelques heures pour atterrir, dire merci, raconter, parce que la semaine dernière c'était quand même six concerts de suite alors question fatigue c'était pas de la tarte. Plutôt de la brioche, j'imagine.
Et c'est en pensant à un matelas de brioche mou, sucré, doré, que je file dormir quelques heures, en pensant aussi à la magnifique proposition citoyenne de Zaza Fournier, croisée avec bonheur sur le quai du premier jour, avant qu'elle ne reparte vers son splendide déluge : mettre de la brioche sous verre dans tous les lieux publics, avec un petit marteau et un écriteau "en cas d'urgence". Moi, je vote Zaza. Et je vous dis à bientôt, vous souhaitant aussi une nuit briochée.

Pour ceux qui ne sont pas en Vendée, les prochaines dates c'est le 30 Mars à Bréhal, et le 31 Mars où je me faufilerai en solo, à Oignies, où j'aurai la joie immense de faire la première partie de Catherine Ringer.

MERCI LE CAFÉ DE PARIS !

19 févr. 2018

MON CHAT ! / Tournée Mégaphone Tour



ALORS OUI
une chose en entrainant une autre
pendant cette tournée du Mégaphone Tour
avec Massy Inc et Gisèle Pape
on a fait une reprise des PussyCat Dolls



l'avalanche a du se passer à peu près comme ça : 

Le premier jour on s'est dit que ce serait cool de faire une chanson tous ensemble
et Massy inc a évoqué qu'il était en train de bosser sur une reprise en français des PussyCat Dolls
Gisele Pape et moi on a avalé notre salive de travers mais on a dit euh ouais euh écoute on verra

Le deuxième jour on avait trente minutes de trajet et dans la voiture on a écouté son instru
c'était vraiment bien et vraiment drôle et on a commencé à trouver des choeurs beaucoup trop alléchants pour résister à l'envie de la jouer le soir même, avec une espèce de posture finale improvisée sur le carrelage du Café Cantine

Le troisième jour j'ai rajouté d'autres paroles subtiles et Gisèle a commencé à nous faire des intros et des outros de plus en plus déglingues et on a commencé à trouver ça normal de chanter les PussyCat Dolls tranquillou pour clore nos concerts
en même temps on a commencé à chanter ensemble "Nager Sans Coeur", la chanson renversante de Massy inc sur le fait de poser son coeur sur le bord pour pas se noyer, à laquelle je suis venue répondre aussi, que c'est pas possible, qu'on est fait d'eau, qu'on peut pas se noyer quand on se souvient que la rivière c'est nous. 
ça a commencé à faire un équilibre émotionnel assez intéressant.

La nuit du troisième au quatrième jour on s'est aperçus qu'il y avait une piscine dans la superbelle maison où on dormait, et on a décidé qu'à la place d'effectivement dormir, ce serait bien plus intéressant de tourner un clip pour notre reprise des Pussy Cat Dolls.
Je n'ai toujours pas de regret pour ces trois heures de sommeil échangées contre des fous rires à se rouler par terre. J'y gagnais au change, haut la main.


Le quatrième jour on jouait au centre Emmaus et Gisèle nous a rejoints avec son synthé éclairé, sur Nager Sans Coeur. On a commencé à explorer aussi ce qu'on pourrait faire ensemble sur mon set, sans trouver, ce jour là. C'est aussi le jour où j'ai oublié mon manteau sur l'aire d'autoroute, et puis oublié mon portable dans le camion pour la nuit, et puis compris que j'oubliais décidément beaucoup trop de choses. Les histoires que les gens racontaient, là dedans, en offrant le thé. On pouvait plus être évaporés en se souvenant de ça. L'oubli parfois c'est un pouvoir magique mais parfois c'est une chose terrible.

Le lendemain on jouait aux Marcheurs de Planètes, à Paris. On avait un peu plus dormi, et j'ai fait cette petite vidéo pour raconter l'oubli et l'agitation et ça m'a remise à l'endroit. On a fait une belle version de Nager Sans Coeur et j'aurais voulu que quelqu'un l'enregistre pour pouvoir l'écouter encore. Gisèle a fait un concert qui a fini de tout remettre à l'endroit, les émotions, les notes, et Massy Inc a fait une chanson instrumentale qui s'appelle "Enculeur de Maman" en la dédicaçant tout spécialement à notre GPS et tout le monde à trouvé ça très bien. C'est vous dire l'ambiance. Notre version de "Mon Chat", la reprise des Pussy Cat Dolls, a soigneusement été filmée et transmise en direct par Maïlise, qui fait la communication sur le Megaphone Tour, et on peut entendre en tendant l'oreille, Sylvaine faire de soigneux petits miaou miaou pile aux bons endroits.
C'était la fin de la première partie de la tournée, j'avais décidé de ne plus rien oublier mais visiblement ça avait éclaboussé tous les autres, qui oubliaient à leur tour leurs clefs, leur gilet, leur organisation. Le camion a zigzagué pas mal ce soir là et tout le monde a fini par trouver un lit pour dormir.

Le septième jour on a commencé à regarder les images et on s'est aperçus que la qualité était celle d'un camescope des années 90 trempé dans du coca cola. Il y avait eu un problème avec les réglages et on a sérieusement hésité à se décourager. On avait notamment de nombreuses scènes hilarantes à base de bouées dans la piscine et de retournements sexy sur des lianes qui n'étaient pas utilisables du tout. Je continue néammoins de penser que le simple souvenir de ça valait les courbatures (surtout que c'est plutôt Gisèle qui a eu les courbatures, vu que moi ça m'est pas forcément venu à l'idée de grimper sur les lianes).

On a fait un concert au Krill, et ce soir là j'avais décidé de changer complètement mon concert, j'ai enlevé mes chansons colorées de toujours et dit d'autres choses plus souterraines, comme "La Bergère d'Oubli". On a résisté à jouer au babyfoot, mangé des moelleux au chocolat, et on est rentrés se coucher dans une maison où on allait passer deux nuits, au milieu des montagnes. ça paraissait une stabilité folle. 
Le huitième jour on s'est reposés, on s'est promenés, et on a enregistré un peu plus proprement notre reprise des Pussy Cat Dolls. J'ai des images mentales inoubliables de Gisèle et Massy inc en train de susurrer des trucs dans un cintre avec un collant dessus, en se dandinant en rythme. On était épuisés mais contents et on avait décidé de pas se laisser abattre par la qualité des images du clip. Sans doute la soupe, la mozzarella, et le repos, y étaient pour quelque chose.
Je passe volontairement sous silence les tenues vestimentaires de cette journée de pause, qui ont impliqué une grenouillère adulte de type panda-roux, des échanges de pyjama, des chaussettes qui ont lancé un débat étonnant et vaguement vulgaire sur les réponses de survie aux différents types de déperditions de chaleur, des taches répétitives de nourritures sur toujours le même pantalon, et des paroles de type "n'aimerais tu pas que ta meuf soit chaude comme moi" chantées en bonnet, pantoufles, et pyjama.

Le neuvième jour on a joué au café Plum, à Lautrec. On a essayé encore d'autres mélanges de nos chansons, et après plusieurs tatonnements, dans la petite cave sous le café, je sais pas trop comment ça s'est fait mais j'ai eu la chance d'avoir à la fois Massy inc qui m'accompagnait au Pandeiro, ce petit tambourin brésilien, pour commencer le concert a capella, et Gisèle Pape qui ressurgissait pendant ma Bergère d'Oubli, avec sa guitare, pour finir. Au milieu je les invitais tous les deux sur Nager Sans Coeur. ça a été un de mes concerts préférés, à cause de tous ces mélanges. Ensuite pour finir on a bien sur chanté notre reprise des Pussy Cat Dolls, et je commençais aussi à trouver ça beaucoup trop normal d'avancer dans le public en disant des paroles poéticosalaces en grimpant sur les chaises pour leur faire une lapdance ratée de dessous les fagots. On savait qu'après ça il en restait plus qu'un, et le Café Plum a commencé à nous servir des bières d'abbayes.

Le lendemain, on s'est relevés avec étonnamment pas la pire gueule de bois de l'histoire, et on a planché sur le montage du clip. Gisele Pape s'est mise à faire les stories instagram les plus audacieuses de l'histoire des routes et des supermarchés. On a aussi vu un âne, mangé des crèpes, et tenté de compter combien de fois Massy Inc se prenait les pieds dans des chaises. On a arrêté de compter, et on est allés se coucher, un étage rempli de ronflements et l'autre de discussions sur les peurs et les portes à ouvrir, le pourquoi de ce qui nous amenait sur scène, et nous y gardait. Le lendemain on a repris nos affaires, dit au revoir à l'âne et au cheval, et caché les oeufs du supermarché parmi ceux des poules. Je continue de me demander quelle tête a fait la personne qui les a ramassés et de trouver ça complètement débile et poétique à la fois.

Le dernier jour, on a joué au Relais de Poche, à la fois très content et très tristes, de jouer une dernière fois. Gisele a failli pleurer en disant les remerciements et j'étais beaucoup trop émue de ça. Je me suis aperçue que je connaissais toutes les paroles de toutes leurs chansons par coeur. Je suis montée sur une chaise pour commencer le concert à capella, je les ai invités sur Nager Sans Coeur, et puis Gisèle m'a rejointe pour la Bergère d'Oubli. C'était fini et c'etait bien mais c'était triste quand même. Pour pallier à ça on a joué les Pussy Cat Dolls et l'autre reprise de Massy inc sur laquelle Gisele et moi on fait les choristes, tant qu'à faire. La salle s'est levée pour bouger-bouger et on était contents-contents. Après le repas on a montré notre clip aux gens qui nous accueillaient, et comme ils ont quand même continué de nous parler ensuite, on a trouvé qu'on était ok pour diffuser ça dans le monde. Je sais pas ce qui s'est passé pour les autres mais Gisèle et moi on a monté un réseau parallèle de deal de tisanes pendant la nuit, en s'appelant au talkie walkie, avec une lampe frontale à disposition.

dans la voiture du retour on a fini les dernières petites retouches et choisi l'écriture la plus scintillante que proposait le logiciel de montage, on s'est mis d'accord pour une date de sortie de notre petite bêtise, c'est à dire aujourd'hui, et puis on a largué Massy inc à l'aeroport. On a continué de s'écrire pour se tenir au courant des avancées des salles d'attentes et des découvertes fabuleuses de l'aire d'autoroute. On était conscients qu'on avait créé une espèce d'écosystème à partir de nos trois univers qui ont l'air complètement différents, et on se demandait si maintenant cette petite planète existait, ou si elle allait se dissoudre, comme ça.

Comme dans n'importe quelle inondation, on s'est pas vraiment aperçus à quel moment la température et le niveau de l'eau avaient grimpé dangereusement, tout ce qu'on sait, c'est qu'à un moment, on était complètement dans la piscine, en train d'interpréter les Pussy Cat Dolls le plus sérieusement du monde, sur un fond de moquette rose.

Je me rends bien compte que cette suite d'évènements ne constitue pas une explication scientifique à ce que vous allez voir. C'était surtout histoire de vous en éclabousser, et de me souvenir de cette plongée, qui m'a valu des fous rires qui étaient beaucoup, beaucoup mieux, que dormir quelques heures. Si vous voulez vous rouler sous des néons avec nous, voir des chorégraphies turbulentes, des choix de costumes audacieux, et des apparitions spectrales dans des décors à couper le souffle, si vous voulez voir Gisèle Pape danser de manière irrésistible dans sa veste dorée, et moi tenter la pire chorégraphie de l'histoire en blouse de peintre et couronne de fleurs, si vous voulez voir Massy inc dans son rôle habituel mais avec bien moins de vêtements, si vous aimez les Pussy Cats Dolls mais que vous demandez ce qu'elle pouvaient bien raconter, et de quoi elles auraient l'air, si ça avait été un groupe produit plutôt en France et plutôt par le Megaphone Tour. Si tout ça, et même si rien de tout ça. Ce clip est pour toi bébé.



13 févr. 2018

MILLE DE COEUR N°14

aujourd'hui c'est la quatorzième chronique
je ne les ai pas publiées à chaque fois
mais en allant sur celle-ci
si vous êtes curieux, si vous avez soif, si vous avez envie
vous pourrez zigzaguer parmi les treize autres

chaque fois on parle d'une chanson merveilleuse ou surprenante
et puis
on l'écoute

on l'approche en tirant sur une ficelle
comme dans ces stands de la fête foraine
où on tire sur une ficelle sans savoir ce qui va tomber
en espérant toujours l'immense nounours
avec l'adulte à côté qui souhaite que ce soit SURTOUT PAS l'immense nounours

eh ben je vous le dis
avec cette chronique
ce qui tombe
c'est toujours l'immense nounours
c'est juste
on sait jamais encore lequel


on m'a proposé cette chose là, parler des chansons que j'aime
mais les chansons que j'aime
qu'est ce que vous voulez
c'est les plus immenses de tous les immenses nounours
évidemment

avec cette chronique
je peux les partager avec vous

tout neufs
et tout chauds
et tout
immenses
paf
au bout de la ficelle
voilà

.......................

Ce soir
avec autant de retard que nécessaire
une histoire d'eau
de mousse
et d'une créature
qu'on peut appeler
avec ses longs, longs, longs bras

c'est pour MILLE DE COEUR et c'est pour écouter cette fois Wooden Arms, de Patrick Watson, avec Lhasa.

une histoire de sommeil, de repos, de lumière,
une histoire d'amour et de mots simples,
comme dans les prières ou les formules magiques
j'espère que vous écouterez ça
pour vous endormir
complètement bercés
par les voix et la lumière de la chanson

13 Février 2018 - Journal intime en plein air



aujourd'hui ça fait à peu près douze ans
cette histoire précisément
je sais pas pourquoi
ça a mis douze ans pour la raconter

je sais pas pourquoi c'est aujourd'hui
j'ai raconté un peu et ensuite j'ai raconté tout
c'était pas si difficile
c'était difficile que ce soit arrivé
mais la raconter j'étais prête
c'est bizarre à dire peut-être mais je me suis simplement trouvée courageuse
simplement parce que
c'est tout ce qui a eu lieu finalement
pendant que je racontais

je me suis relevée de raconter l'histoire
l'histoire jamais racontée depuis douze ans
j'ai regardé autour de moi
les mots écrits partout dans ma chambre
j'ai pris une photo dans le miroir

voilà
je me suis dit
à quoi je ressemble
sans le poids de cette histoire

j'avais mis ma veste jaune
ma préférée - celle qui est huit fois trop grande
et je suis sortie sous la minuscule neige

le chat du café est venu tout de suite sur mes genoux
et tout le monde m'a parlé
Nemo avec ses secrets et ses chewing gums
l'écrivain à moustaches, la vieille dame avec son respirateur

tout le monde me reconnaissait
et me parlait d'autres fois où j'étais venue,
où ils m'avaient vue

je me suis dit
mince
voilà que j'existe

on dirait que tout le monde m'avait vue
quand je croyais être un petit fantôme dans l'un ou l'autre café
quand je ne laissais personne m'approcher
tous ces jours de toutes ces années

je pense que mes yeux disaient ouste
et ma peau disait aïe
pshiiit comme on fait aux chats qui s'approchent d'un gâteau

mais là je mangeais mon muffin au chocolat
le chat sur mes genoux
sans crainte
un sourire sur les babines

c'est ça alors
une réparation
c'est
la légereté
retrouvée
tout son corps remis
comme on s'étire
comme on reprend
un costume
un paysage

ces derniers jours je manquais d'air
et maintenant
j'ai la tête qui tourne
comme quand on a respiré trop vite

c'est tout l'air que je veux maintenant
tout l'air
que je retrouve

ma vie
qui est redevenue
ma vie

et plus seulement des restes

c'est fou quand même

parfois on me demande pourquoi j'aime autant les mots
c'est si bizarre comme question
pourquoi aimer la vie l'amour la magie
les mots
c'est ce qui fait
que je suis vivante
c'est ma chevelure et ma colonne vertébrale

c'est le chat tout tiède sur mes genoux
avec son odeur de voleur de poisson

tout ça qui est à moi et à vous en même temps
grâce aux mots

les mots c'est le premier cadeau
c'est
comme l'air

et aujourd'hui
ça m'a tout rendu
ma légereté, toute ma légereté c'est beaucoup

des mouvements de mes mains sans
la crainte de casser le monde entier en cas d'erreur

 j'ai tout écrit pour m'en souvenir et puis
je me suis relevée
j'ai vu que je me promenais avec cette légereté nouvelle

je regardais les mots dans le miroir
ceux écrits là un jour où je ne trouvais plus mon cahier
et où j'avais une chanson dans la tête, qui demandait à être écrite

une chanson de désir et de ce moment d'immobilité, avant de faire quelque chose
une chanson qui demande d'enlever son manteau de peur

voilà
pourquoi j'ai pris la photo
c'était comme le regard des gens dans le café

qui disait
tu existes
tu n'étais pas sûre et tu luttais pour ça tous les jours et personne le savait
mais les miroirs et les yeux te voyaient

ils disaient 
tu existes
je t'ai

vue

et j'existais 

c'était vrai